Playful embrace

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Playful embrace

Message par Jaylen Killam le Mer 4 Avr - 3:29

SHAELYN&JAY, 18 SEPT 2009.

Monde sorcier, monde moldu, une chose ne change pas : chercher un boulot est une plaie. Éplucher les annonces des journaux, offres clairsemées entre des pages et des pages d’inepties concernant la politique instable du monde sorcier (qui ça intéresse…?); se présenter, essuyer les regards sceptiques, ravaler des critiques acerbes, tester, tout lâcher ou être viré… et recommencer. Cercle improbable, répétitif, ennuyeux. La vie ne devrait être faite que de plaisirs! Dire qu’à une époque je touchais la gloire du bout des doigts.. ça aurait été parfait, vraiment, que de pouvoir vivre plus de confortablement en ne faisant que ce qui me plait. La nostalgie se rappelle à mon bon souvenir, comme à chaque fois que je repense au passé. Tout ce que j’ai perdu… d’un coup. Chute brutale, désillusion inattendue ― j’avais aucun plan de secours de prévu et je l’ai pris en pleine gueule. Je me demande encore aujourd’hui ce qu’est devenu Raven, dont la disparition a été à l’origine de la fin du groupe. Pour c’qui est de Kerr la question ne se pose pas : à mon retour dans le monde magique j’ai eu le plaisir d’entendre son nom et de voir les affiches le représentant. Mannequin! J’aurai tout vu. Et Sky. J’ai volontairement refusé d’apprendre quoique ce soit à son sujet. Le temps m’a aidé à digérer le fait qu’il ait continué sa carrière en solo alors que cette chance ne m’a pas été accordée. Le plus dur, en fait, avait été la façon dont ça s’était produit, mais je ne peux pas nier que notre complicité d’antan me manque et je compte bien me taper l’incruste dans son petit quotidien peinard pour apprendre sa bouche où il en est aujourd’hui. Ces trois cons étaient mon univers, le tout tournant bien sûr autour de notre passion commune pour la musique, et je crois bien que ça me manquera toujours.

Mais la musique… c’était encore plus qu’eux. C’était le seul semblant d’héritage que m’avait légué l’unique homme à avoir joué, auprès de moi, le rôle de père. Il s’est barré comme les autres, oui, mais je me suis longtemps raccroché aux rêves qu’il m’avait transmis. Et je crois que j’espérais… je sais que j’espérais qu’il me voit un jour sur scène. Qu’il allume l’écran et est la surprise de me trouver sur scène, entouré de fan, auréolé de gloire : là où il m’avait fait croire que je trouverais ma place. Une chimère.

Un courant d’air froid transperce mon manteau léger; septembre est à peine là que l’automne s’annonce déjà, et avec lui les brises fraîches des fins de fin de journée. Non que je sois très frileux, mais à errer dehors pendant des heures on finit par le sentir passer. Je marmonne mon mécontentement en enfonçant légèrement le coup dans mon col, frappe l’une contre l’autre mes mains un poil engourdies et jette un coup d’œil à la page de journal froissée dans mon poing. Une croix rouge de plus vient barrer consciencieusement l’une des cases qui la recouvre. La plonge, non merci! J’en ai soupé ces dernières années. Je me mords la lèvre inférieure en étouffant un rire, mon premier de la journée, en imaginant Leslie s’étouffer d’indignation quand elle apprendra que j’ai refusé une proposition d’emploi après avoir écopé de plusieurs refus. Mais mes doigts de guitariste son précieux, putain de merde, impossible qu’ils retournent récurer des assiettes et des récipients crottés! Et zut pour Delisia, c’est pas elle qui bosse quoi. Tu parles d’un abus… Bon allez Jay, au prochain.

Un assistant pour un vieux crouton et ses plants mystiques… c’est ça, rêve mon grand. Un gardien de Niffleur… vaut mieux pas nan. La bestiole finirait en taie d’oreiller, j’le sens d’ici. De la main d’œuvre pour le transport des journaux? Pas mal, un peu chiant niveau horaires mais j’ai fait pire. J’encercle la proposition et survole les suivantes. Oh! Barman. Avec un sourire sarcastique, je me souviens de ma dernière expérience foireuse dans le domaine, qui remonte à quelques soirs à peine, au Guilty Pleasures. Ça avait l’air prometteur avant que je ne me rende compte que ce trou était le repère de trois éléments marquants de mon passé que je me serais bien passé de retrouver dans ces circonstances. N’empêche que… nouveau cercle, plus vif cette fois, et je fourre le bout de parchemin dans ma poche, adresse en tête. J’commencerai par cette proposition-là. En marchant vers ma destination ― le Chaudron Baveur, ni plus ni moins ― je tente d’associer les horaires de ce job et d’un autre, celui des journaux, pour caser le tout dans une journée en me laissant quand même le temps de respirer. Impossible de bosser tard le soir alors que Tanya est prise au GP. Il me faudrait taffer en matinée ou en après-midi et rentrer vers 21h max pour lui laisser le temps de se préparer sans stresser à mort. Si je décroche le deuxième emploi je serai debout à 3h pour transporter les piles de journaux de l’entrepôt du WizzHard Paper à la zone de transplanage, puis entamer la distribution et… Je m’interromps en entendant filtrer la voix de Leslie en fond sonore et attrape de ma main à demi-gantée le miroir qui exige mon attention. « Mais c’est qu’elle m’aime! Mon exclamation à voix haute s’accompagne d’un large sourire, auquel elle me répond en me tirant brièvement la langue. Tiens elle est encore là celle-là? J’pensais que Neal avait fini par te la bouffer à force de vous voir vous bécoter langoureusement… » « Oh si elle est là, bien en place et prête à te remettre toi à ta place si j’entends quelque chose qui me déplait! Raconte, t’en es où? » « Toujours en pleine galère. S’tu savais les misères qu’on me fait… » « Oh, pauvre cœur!, elle se moque. Mais comment peuvent-ils? S’en prendre à l’ange que tu es… » « J’te jure, j’en reviens pas moi-même. Tu sais le type de la ménagerie magique qui voulait me faire croire que j’avais un feeling particulier avec les animaux? » Elle éclate de rire. « Oui je me souviens! Un demiguise particulièrement affectueux était tombé sous ton charme et ― » « Affectueux? Il a essayé de m’étrangler! ― je m’indigne, puis continue d’un ton renfrogné tout à fait surjoué. ’fin bref, tu vois d’quoi je parle donc. Bein figure-toi qu’après m’avoir bien léché le cul et limite promis une place comme vendeur dans son dépotoir, le patron m’a annoncé ce matin qu’il avait décidé de prendre quelqu’un d’autre. Mais il a gentiment promis de me contacter si un poste se libère plus tard... » « Tu lui as répondu quoi? » « Qu’il pouvait se foutre son futur poste où je pense parce que moi j’ai besoin d’un truc maintenant, pas dans dix ans. » « Quoi! » « Mais non, j’lui ai juste dit qu’il savait pas ce qu’il perdait. Mais entre nous il perd que dalle parce que j’y connais rien aux animaux moldus, alors les magiques j’t’en parle même pas… sans parler de l’odeur de son taudis! J’aurais pas eu le cran de m’y pointer tous les matins, sérieux. » La mine de Leslie se fait un peu plus sérieuse ― oserais-je dire ‘sévère’? ― et je sens venir le mini sermon de ma journée. « Écoute je sais que tout ça n’est pas ce que tu avais envisagé pour ton avenir, et toi tu sais que je suis plus que bien placée pour savoir comment on se sent quand tout s’effondre… et qu’on se retrouve obligé de se reconstruire. C’est merdique. C’est frustrant, et c’est difficile. Mais c’est nécessaire. Alors ravale ta rage et ta mauvaise tête, et ― » « J’vois pas de quoi tu parles, je suis très zen », je réplique, mais elle se contente de secouer la tête. « N’essaye pas de me la faire, je te connais. Et le Jay que je connais sait charmer les gens quand il veut le faire! Mets-y du tien ok? Il n’est plus question que tu vivotes à droite à gauche au gré de tes désirs, t’as une vie de plus sur les épaules désormais… et tu dois absolument lui assurer la stabilité dont elle a besoin. » Je n’essaye même pas de résister, abdiquant d’un simple soupire. « Je sais. Écoute j’vais tenter une nouvelle porte, celle-là me botte bien alors je ferai un effort, ça marche? » « Je compte sur toi! » « Ouais. Embrasse ton mâle de ma part », je conclus la conversation en jouant du sourcil d’un air volontairement vicelard, puis lève les yeux vers la pancarte suspendue au-dessus de la porte… et m’offre le luxe d’une clope-du-courage avant d’entrer, histoire de m’accorder quelques minutes de plus pour me lancer. Trop vite, je viens à bout de mon réconfort provisoire et n’ai plus aucune excuse pour perdre du temps.

__________________________________________
« Bienvenue! » La voix enjouée de ma collègue accompagne un nouvel arrivant et je lève les yeux au ciel. Elle est trop joyeuse à longueur de temps cette fille, trop pleine d’énergie surtout, c’est gavant! Elle ne manque pas cette habituelle manifestation d’agacement et se moque en m’envoyant un baiser de loin, du bout des lèvres, avant de retourner valser entre les tables. Mon air affligé ne trompe personne, une petite semaine que je suis ici et je me suis laissé contaminer par l’ambiance chaleureuse qui règne ici. Le Chaudron n’a rien de luxueux, c’est plutôt une taverne sans grand attrait à première vue : les murs gris et ― entre nous ― un peu crades, les tables circulaires, les clients aux visages bourrus en journée, les étranges personnages qui se contentent de passer en coup de vent à toutes heures, entrant par une porte et ressortant par une autre… L’endroit est tout de même mieux fréquenté en soirée mais, ce qui fait son charme, c’est son personnel restreint trop naturel pour ne pas m’plaire. Ici on se fiche bien des apparences, les sourires feints ne sont pas de mise : soit on les affiche de bon gré soit on s’en passe. Tant que le service est bien fait… Mais la semaine a plus particulièrement été rythmée par mes chamailleries avec June, bon enfant, et les remontrances peu crédibles du patron. Le genre de milieu qui me plait.

« Dis donc paillasson, tu rêvasses beaucoup aujourd’hui! J’attends toujours les commandes des tables 3, 5 et 8 alors grouille! » « Tu me pompes l’air le gnome, je t’ai déjà dit que tu me déconcentres à me tourner autour comme ça quand je bosse. » « Parce que t’as besoin de te concentrer pour verser les boissons toi? » « Pour concocter les mélanges qui feront ce taudis déborder de clientèle en un temps record, oui. C’est tout un art, tu peux pas comprendre! » « Tu traites ma taverne de taudis, Killam? » ― gronde une voix derrière moi. June et moi on se range au garde à vous et je me racle la gorge. « Moi? J’oserais pas… » Il renifle et nous renvoie à nos tâches respectives, récoltant en échange un « oui boss! » de nos deux voix en chœur avant de disparaître dans la pièce du fond qui lui est réservé. La porte s’ouvre et claque de nouveau. Je n’y prête d’abord pas attention, mais les bruits de talons claquant sur les dalles m’intriguent et me poussent à lever les yeux. Une silhouette élancée, superbe, dont je ne distingue pas encore le visage derrière la masse de cheveux brun-or qui tombe en cascade sur ses épaules; elle farfouille dans son sac à main tout en avançant d’un pas assuré. Je croise le regard de June, on fait silencieusement nos pronostics : celle-ci n’est pas là pour un verre à mon avis, et c’est bien dommage. Elle ne cadre pas avec le décor. Signe de tête négatif partagé. Je garde quand même un œil sur elle en versant d’un tour de main quatre choppes de bièraubeurre qui partent en direction de l’avant-dernière table à servir, et ne perds pas une miette de son numéro tandis qu’elle rejette ses mèches en arrière d’un geste de main gracieusement nonchalant… révélant finalement un profil que je connais très bien. Shaelyn.

Temps de réaction : un quart de demi-seconde. Je fais à June un geste qu’elle ne comprend pas; j’insiste, vois son regard s’illuminer et ses lèvres former un « O » avant qu’elle ne lève les pouces, discrétion zéro. Sha a repris son avancée vers la porte, entre temps, et ma comparse de fortune s’empresse de se mettre sur son chemin. Merde, elle aurait pu trouver mieux! La collision n’est heureusement pas brutale, une flopée d’excuses s’écoule immédiatement des lèvres trop bavardes avant que je ne me racle la gorge pour l’interrompre. Elles se tournent toutes les deux vers moi et je néantise sans gêne le gnome pour me fendre d’un sourire mi-amusé mi-désolé, dirigé vers Shaelyn. « Cette gamine est la maladresse même, n’y fais pas attention. J’te sers quelque chose? Je lui propose un siège de l’autre côté du bar, d’un mouvement de menton, et sors d’office un verre. Un cocktail pour t’aider à te remettre de tes émotions, cadeau de la maison. » J’entends le boss s’étrangler bruyamment et sa haute stature apparaît subitement à l’entrée de son ‘bureau’. Ses joues sont rougies, son regard indigné, j’le fais taire d’un rictus repentant. « J’voulais dire, de moi, bien sûr. Froncement de sourcils soupçonneux. Je paierai! » « Eh bein y’a intérêt », il marmonne en se détournant lourdement pour retourner à ses comptes… ou à sa sieste. « C’que t’es radin Rufus, c’est pas d’offrir un verre qui te f’ra faire faillite… » Mon grommellement l’indiffère complètement puisqu’il a ce qu’il voulait, de toute façon. Je récupère un verre que je place sous l’effet d’un sort et m’accoude face à ma ‘cliente’ en attendant qu’il ait suffisamment refroidi. « Shaelyn…, je prononce lentement, en me délectant de sentir couler sur ma langue les lettres de son prénom. J’l’ai toujours trouvé terriblement bien adapté à sa personne : une syllabe dédiée à son attitude féline suivie d’un enchaînement bref et voluptueux, un bond de la langue contre le palais, les dernières lettres étouffées dans un quasi-ronronnement envoûté. quelle délicieuse surprise. »


Spoiler:
Pardon de finir en eau de boudin... fallait que j'abrège, ça devenait long >.>


Dernière édition par Jaylen Killam le Mer 4 Avr - 19:01, édité 2 fois



—Shut the fuck up

I'm not afraid to chase my dreams, just me and my guitar. And no one may ever know the feelings inside my mind, cause all of the lines I ever write are running out of time. Before I fall I want them to play my songs, I want them to sing the words I say. Before the darkness falls, I want...
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Re: Playful embrace

Message par Shaelyn Stern le Mer 4 Avr - 10:41

Spoiler:
Merci d'avoir commencé ! <3 En effet tu m'as fait un roman xD Mais j'ai été inspirée aussi, par contre j'ai un peu bâclé ma fin également, je voulais finir avant de partir du boulot ^^' J'espère que ça ira ! (Je me suis pas relue alors désolée d'avance s'il y a des fautes)

Voilà un moment que je voudrais avoir de ses nouvelles. Depuis sa cure de désintoxication et surtout cette histoire de gosse, il est aux abonnés absents. Jusqu'à présent, je n'ai pas trop fait d'efforts pour le rechercher. J'aurais pu lui envoyer un hibou ou utiliser un miroir à double-sens, mais je n'ai rien fait de tout ça, estimant qu'il ne le méritait pas vraiment. Je ne suis d'ordinaire pas du genre rancunier, je ne suis même pas du genre susceptible. Je ne juge personne et si par le moindre des hasard je me sens blessée, je pardonne rapidement, ou à l'inverse j'exclus la personne de ma vie sans autre forme de procès. La vie n'est pas faite pour que l'on s'encombre d'hésitations, de disputes et de bouderies. Je préfère aller ou le vent me porte et profiter au maximum de ce qui m'est donné, même le plus petit des plaisirs. Néanmoins, tout ne peut pas toujours être contrôlé, et il arrive parfois que je me fasse avoir.

Des années auparavant, à Poudlard, j'étais innocente. Non, pas candide ni naïve, mais tout simplement inconsciente de ne pas avoir la mainmise sur tout ce que je désirais. Je pensais que tout m'était dû, et surtout que ma bande d'amis de laquelle j'étais si proche ne se séparerait ni ne m'abandonnerait jamais. Je ne craignais pas les filles comme Gemma Langley qui essaient de voler la popularité des autres – du moins le voyais-je comme ça à l'époque. Je ne pensais pas que des mésententes passagères voire une rupture étaient capables de détruire une amitié. Je ne nous imaginais aucune vie de famille, mais nous voyais plutôt voguer sur la mer de notre succès à tous, dans quelque domaine que ce soit. Je ne pensais pas au futur, d'ailleurs je n'y pense toujours pas. J'ai toujours vécu au jour le jour.

Aujourd'hui, les choses ont bien changé. Les Blackbirds sont totalement dissous. Raven a disparu. Leslie est avec un autre et je ne la vois que trop rarement à mon goût. Skyler et Kerr mènent leur barque en solo. Quant à Jaylen... Je grimace rien qu'en y pensant. Non, je ne juge personne. Non, je ne suis pas rancunière. Alors pourquoi suis-je aussi agacée, embarrassée, affligée, désappointée, indignée ? Pourquoi, pour la première fois de ma vie, ressens-je vraiment de la haine envers une personne, même si elle ne donne plus de nouvelles d'elle ? Mais peut-être est-ce encore plus le fait qu'elle ait fui qui me rends aussi haineuse... Cette garce, pour rester polie, a brisé presque autant de couples que de vies. Si elle n'avait pas existé, peut-être que Raven et Leslie ne seraient tout de même plus ensemble aujourd'hui, mais lui serait toujours là, elle n'aurait sans doute pas sombré dans la drogue aujourd'hui, Jay ne se serait pas fourvoyé dans une immonde paternité, et le groupe serait toujours au complet

Je me souviens du jour où cette fille un peu timbrée s'était pointée à Poudlard en prétextant venir du futur. Je l'avais crue, parce qu'elle détenait des informations que seules peu de personnes connaissaient et qui n'avaient certainement pas été ébruitées. L'avenir qu'elle nous avait conté nous avait paru bien sombre : Leslie devenue anorexique après avoir divorcé de Sky, Raven en couple avec Gemma et quittant le groupe pour entamer une carrière solo, Jay incontrôlable, Kerr et Sky ensemble... Et moi, vraisemblablement la moins bien lotie dans l'histoire. Mariée à Cooper, un enfant de lui qui se fait tuer, une descente dans l'enfer de la drogue... A croire que le destin voulait s'acharner sur moi. Voilà pourquoi j'avais voulu fuir cette fatalité en me réfugiant auprès d'Andrews, à l'abri de Cooper. J'ai fait le vœu intime de ne jamais me marier ni avoir d'enfants. Je préfère vivre ma vie pour moi que pour quelqu'un d'autre, d'autant que les exemples que j'ai autour de moi sont loin d'être des modèles de bonheur...

Mais cet avenir si pessimiste n'était rien à côté de ce qui s'est réellement passé. Au moins, dans le futur annoncé par cette Catsy, le groupe était toujours là, même sans Raven. L'état de Leslie n'était pas devenu aussi grave, Raven était toujours dans les parages, Kerr et Sky étaient heureux et surtout, Jay n'était pas père d'une bâtarde. Il n'y finalement que moi qui m'en tire bien dans ce futur-ci. A croire que j'ai fait les bons choix, contrairement aux autres. Bon, Sky ne va pas trop mal non plus, et Leslie a refait sa vie. J'ai cependant parfois des bouffées de nostalgie en pensant au bon vieux temps. Ça ne me ressemble pas de me tourner vers le passé, mais j'aurais pensé que les choses se passeraient autrement.

Ces derniers temps, alors que ma situation s'est plutôt stabilisée, il me vient à l'esprit de retrouver ceux que j'aime et de ne plus les quitter. J'ai déjà réussi avec Leslie, et Sky ne m'a jamais échappé. Je voudrais renouer le contact avec Kerr, et je pense que c'est possible, après tout, Curtis est l'un de mes meilleurs amis. Mais il reste deux ombres au tableau. Raven qui a disparu, et Jay. Je pourrais aisément, je pense, devenir aussi proche de lui qu'auparavant. Mais en ai-je réellement envie ? Oui, pour la première fois de ma vie, j'éprouve une intense rancœur. Il n'aurait jamais dû tendre la main à cette traînée. Si Raven a disparu à cause d'elle, elle n'avait qu'à assumer. Et après tout, elle ne devait pas être si malheureuse pour être tombée dans les bras d'un autre aussi aisément. Qui plus est, elle s'est enfuie lâchement en abandonnant son gosse. Tu parles d'une Gryffondor... Aucun courage, aucune morale. Même moi, digne représentante de Serpentard, je suis bien plus scrupuleuse qu'elle. J'en veux à Jay d'avoir été aussi naïf et stupide.

Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser à lui. J'ai beau réprouver ses choix, il reste égal à lui-même dans mon cœur. En outre, nous n'avons pas au l'occasion de discuter de toute cette histoire. Je n'ai pas eu sa vision des choses, son ressenti. Je sais qu'il a des difficultés à s'occuper de sa fille mais jusqu'à présent, j'estimais qu'il l'avait mérité. Toutefois, s'il a un gosse sur les bras, c'est à cause de la malveillance de sa mère. Au fond, j'ai une certaine compassion pour lui. Et puis, si élever un enfant peut le rendre plus responsable, qui sait...

J'ai préféré éviter de le contacter directement. Je n'aime pas trop réclamer, je préfère aller au devant des personnes. Il fallait donc que je le trouve directement. Je me suis renseignée auprès de Leslie pour apprendre qu'il travaillait au Chaudron Baveur comme barman. Barman hein ? Lui qui aime tant l'alcool, ça doit lui convenir. Et me voilà justement devant cette enseigne si célèbre dans le monde magique. J'étudie rapidement la question. Ce n'est pas vraiment le genre d'endroit où je mets les pieds habituellement. Nul doute qu'avec mon allure et mes vêtements plutôt élégants je vais tout de suite me faire remarquer. Tant pis, je l'ai voulu, je ne peux pas faire demi-tour maintenant. J'entre.

Il y a du monde, je ne vois pas immédiatement celui que je cherche. Peut-être n'est-il pas de service. Je m'avance vers le bar pour espérer l'apercevoir, tout en ouvrant mon sac-à-main pour y trouver quelques pièces, de quoi payer une consommation. Je ne trouve pas ma bourse, et me ravise alors. Ai-je été victime d'un pick-pocket ? J'entame gracieusement un demi-tour, rejetant mes cheveux en arrière, et me dirige vers la porte. J'ai à peine le temps de réaliser que quelqu'un vient de se mettre sur mon chemin et le percute subitement. Cette personne, c'est une fille, visiblement serveuse ici, se confondant immédiatement en excuses variées. Je m'apprête à la congédier d'un mouvement de main méprisant quand j'entends derrière moi un raclement de gorge, une voix que je connais bien. Je me retourne immédiatement, mais j'ai déjà compris de qui il s'agit. Il me sourit. Je m'y attendais un peu, bien que je craignisse une autre réaction, étant donné que je le snobe depuis un bon bout de temps. Je ne lui rends pas son sourire.

« Cette gamine est la maladresse même, n’y fais pas attention. J’te sers quelque chose ? Un cocktail pour t’aider à te remettre de tes émotions, cadeau de la maison. »

Je grimace, et je ne suis pas la seule. Le patron ne semble pas vraiment conciliant.

« J’voulais dire, de moi, bien sûr. Je paierai! »
« Eh bein y’a intérêt »
« C’que t’es radin Rufus, c’est pas d’offrir un verre qui te f’ra faire faillite… »

J'écoute leur conversation en me demandant s'ils n'ont pas oublié que j'étais présente. Personne ne s'enquiert de mon avis et cela m'agace quelque peu. Enfin, Jay repose ses yeux sur moi.

« Shaelyn… quelle délicieuse surprise. »

Je lui jette un regard noir. Je ne suis pas aussi ravie que lui. Je repousse d'une main le verre qu'il a placé devant moi.

« Je ne bois pas d'alcool, et tu le sais. Ou rarement. Mais il vaut mieux pas que ce soit le cas maintenant. Je ne suis pas là pour faire la fête, mais pour te parler. »

Le temps est enfin venu de la confrontation. Je l'observe un moment, le regard légèrement adouci. Au fond de moi, j'ai envie de le serrer dans mes bras, de le consoler de ses malheurs, de l'aider. Mais ce n'est pas encore le moment.

« Ca fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus... Sans doute parce que tu es trop occupé avec ta gamine. Toi qui te vouais à une vie de bohème, c'est loupé n'est-ce pas ? »

Je ponctue ma phrase d'un sourire à la fois sarcastique et amer. Je voulais le provoquer, mais je ne suis pas loin d'être aussi sensible à cette provocation que je n'aurais voulu qu'il le soit. Je caresse mes cheveux d'un geste machinal, les yeux dans le vague, réfléchissant à ce que je dois faire exactement. Je suis partagé entre amour et colère. J'ai envie de le secouer, de lui hurler dessus pour lui faire comprendre à quel point il a été idiot, à quel point il m'a déçue. Mais ce n'est pas mon genre. Je sors de ma torpeur pour le gratifier d'une mine désabusée.

« Qu'est-ce qui s'est passé, Jay ? »

Je secoue la tête, pour lui mais aussi pour moi. Je ne dois pas me laisser aller à la compassion, à la facilité. Je dois lui montrer que je le désapprouve, que je lui en veux pour tout ce qu'il a fait. Mon regard se fait plus dur.

« Tu n'aurais pas dû. Par respect pour Raven. Par respect pour nous. Mais tu le sais, j'imagine. Je te savais irresponsable. Mais jusqu'à présent, je trouvais que c'était ce qui faisait ton charme. Maintenant, je ne trouve plus ça charmant du tout. Il y a des limites à l'inconscience, Jay. La drogue, le sexe, qu'importe où ça te menait, nous nous sommes toujours dit qu'il fallait profiter de la vie tant qu'on en avait une. Mais ça, Jay, c'est profiter de la vie ? Tu oserais dire que tu t'éclates plus qu'avant avec ce boulet à ta cheville ? Merde, je pensais que tu avais quand même un minimum de maturité ! »

Le ton de ma voix monte au fur et à mesure que je débite mes paroles. Ce n'est d'ailleurs pas dans mes habitudes de faire de longues tirades, mais ça vient du cœur. Je m'arrête alors, prenant conscience que j'en fais trop. Je pince mes lèvres, tapote le zinc du bout des doigts.

« Tu me manques Jay. »






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Re: Playful embrace

Message par Jaylen Killam le Sam 7 Avr - 3:26

Elle n’a pas l’air très heureuse, ma charmante cliente. Ma bonne humeur, fait rare ces derniers jours, ricoche sur elle sans érailler sa carapace de mécontentement. J’y échappe aussi longtemps que possible, m’évade en m’enfonçant dans des conversations parallèles qui l’agacent, mais la confrontation est inévitable. Est-ce que je veux vraiment l’éviter, d’ailleurs? Non. Revoir Shaelyn est… étrange. J’avais trié mes souvenirs en occultant des parcelles importantes de la vie que je fuyais. Je me suis raccroché à l’idée du groupe en laissant de côté notre entourage le plus fidèle, tous ceux et celles que je considérais au départ comme des pièces « rattachées », mais qui étaient devenus tellement plus. J’ai voulu oublier Gemma. Gemma et notre gosse. Julia, Tristan. Montana. Sha. Sha a qui, pourtant, j’avais un jour daigné confier mon passé comme je ne l’avais fait pour personne d’autre, et face à qui les confidences avaient coulé comme une évidence. En fait, Leslie est la seule à avoir résisté à la déferlante de mon ingratitude, parce qu’elle s’est imposée et a récupéré, presque de force au tout début, la place qui lui revenait de droit dans mon quotidien. Est-ce que j’aime les retrouvailles? Non. Je déteste tout ce qu’elles engendrent, les reproches et les prises de tête, les règlements de compte, les explications qui n’aboutissent pas forcément sur une note positive. Mais je ne pouvais tout simplement pas la voir passer sans même tenter de la retenir, pas elle, quelle que soit ma lâcheté en amitié.

« Je ne bois pas d'alcool, et tu le sais. Ou rarement. Mais il vaut mieux pas que ce soit le cas maintenant. Je ne suis pas là pour faire la fête, mais pour te parler. » J’adopte soudain un air grave, moins à cause de son regard noir et de son insatisfaction évidente que parce que… se priver d’alcool est bien la dernière chose qu’un être humain devrait avoir à subir. « C’est vrai, j’oubliais, j’acquiesce sans me dire qu’elle le prendra mal Autrefois je gardais cette information à l’esprit en permanence et ne manquais pas une occasion de tenter d’abuser de son intolérance à l’alcool, dès lors que l’occasion se profilait à l’horizon. Mais le temps a passé, depuis Poudlard et nos souvenirs, et j’ai laissé tant de choses derrière moi… trop de choses. C’est d’un ton plus enjoué que je reprends : Et tu devrais faire comme moi de temps en temps. Je t’ai toujours préférée désinhibée, en c’qui m’concerne. Fantôme d’un passé révolu, ma remarque tombe à plat. Je ne suis pas certain, par contre, de vouloir parler de ma vie privée au bar, mais elle ne se soucie pas vraiment de cela. « Ca fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus... Sans doute parce que tu es trop occupé avec ta gamine. Toi qui te vouais à une vie de bohème, c'est loupé n'est-ce pas ? » Je hausse un sourcil dubitatif. Elle a bon dos la mioche, mais je ne crois pas qu’elle soit la raison de notre éloignement. Mieux : je sais parfaitement qu’elle ne l’est pas. Pas vraiment. Et Shaelyn le sait aussi, sûrement, à moins que quelque chose ne m’échappe, mais elle semble ruminer le contraire depuis un bout et avoir tenu à le dire. Une chose est sûre en tout cas : elle sait comment dire les choses, et je m’assombris considérablement; le sourire en coin qui persiste est tout sauf joyeux. « Qu'est-ce qui s'est passé, Jay ? » Et je joue au con, parce que c’est ce que je sais faire de mieux. « Je ne pensais pas devoir t’expliquer ce genre de choses un jour. Hm… comment dire. Tu vois, quand deux personnes de sexe opposé copulent, il arrive qu’ils se refilent des merdes. Comme des maladies. Ou des gosses. Remarque, les deux reviennent au même en fait. » Elle n’apprécie pas la remarque et me sers de nouveau l’un de ces regards lourds de reproches qu’elle manie un peu trop bien à mon goût, depuis son arrivée. « Tu n'aurais pas dû. Par respect pour Raven. Par respect pour nous. Mais tu le sais, j'imagine. Je te savais irresponsable. Mais jusqu'à présent, je trouvais que c'était ce qui faisait ton charme. Maintenant, je ne trouve plus ça charmant du tout. Il y a des limites à l'inconscience, Jay. La drogue, le sexe, qu'importe où ça te menait, nous nous sommes toujours dit qu'il fallait profiter de la vie tant qu'on en avait une. Mais ça, Jay, c'est profiter de la vie ? Tu oserais dire que tu t'éclates plus qu'avant avec ce boulet à ta cheville ? Merde, je pensais que tu avais quand même un minimum de maturité ! » Je hausse les épaules, emmerdé par les conversations qui se sont stoppées, par les oreilles qui se tendent l’air de rien pour espionner ce qui se dit par ici. « C’est provisoire », je balance avec détachement en récurant mon bar d’un coup de torchon vif, que je lâche ensuite à sa surface. Je ne relève pas à propos de Raven. À ce niveau je n'ai pas d'excuse. J'attends le jour où il se pointera à ma porte et... me cassera la gueule bien comme il faut. Je l'attends avec une impatience morbide. Tout fier que je puisse être, je lui ferai mes excuses, à lui. Sans me faire prier, sans me soucier d'être ridicule non plus. Parce qu'elle a raison : ce que j'ai fait était dégueulasse. Je me suis enveloppé d’une carapace de mauvaise foi face aux autres, pour me convaincre que ce n’était pas si mal, que ce n’était pas si grave, mais l’entendre de la bouche de Shaelyn ― elle, si permissive et si peu moralisatrice en temps normal ― fout tout de même un coup au moral. « Tu me manques Jay. » L’aveu me prend un peu de cours, balancé après le reste de façon incongrue… ou peut-être pas tant que ça, en fait. Peut-être que ses reproches et ça, peut-être que c’est bêtement lié. « J’prends ma pause ». Mon annonce ne récolte que le hochement de tête grave de June ― manquait plus que ça ― et personne ne me retient tandis que je précède Shaelyn hors de la taverne. J’imagine qu’à l’intérieur ça va baver un peu sur ma vie, mais je décide de m’en foutre. J’ai besoin de quelque chose par contre. Une clope. J’crois bien qu’en fait j’en ai ma claque de me justifier, plus encore que je ne le pensais. Mais puisque je ne peux pas y couper… Je place ma main en coupe pour protéger la flamme à laquelle j’allume la cigarette tant espérée, et prends le temps de tirer quelques fois dessus, de m’apaiser à l’envol des volutes de fumée, de mâcher mes mots surtout pour ne pas aggraver mon cas. Pensif, je me frotte le menton du bout des doigts en inhalant par le nez un nouveau nuage brumeux, passe une main dans la masse châtain qui me sert de cheveux, avant de me décider à parler. « Ça me gonfle. J’oblique à moitié le visage vers elle pour la fixer du coin de l’œil, puis me détourne de nouveau et fixe la ruelle animée sans réellement en voir les passants. Franchement Sha, c’est quoi ces conneries? J’ai la gosse sur le dos depuis… quelque chose comme une semaine et ouais, ça a été sans conteste la pire de ma vie. Mais toi et moi on s’est perdus de vue depuis quoi, trois ans? Cette excuse, elle sonne comme du foutage de gueule. Je m’appuie au mur derrière moi, un peu las d’avance de la conversation qui se profile. Moi qui n’ai jamais été très loquace, bavard à mon propre sujet encore moins, j’ai l’impression d’avoir parlé pour une vie entière ces derniers jours. Un autre coup d’œil à ma compagne du moment pour me convaincre que ça en vaut la peine… et quelque chose se noue en moi. Ça la vaut, oui. Parler à toujours été plus simple avec elle qu’avec quiconque, mais sa désapprobation est cette fois si limpide, si évidente, si crue que je ne peux m’empêcher de me demander si tout ça mènera ou non à quelque chose. Et je crois… que j’en perds un peu mes moyens. J’suis pas parti juste à cause d’elle tu sais, je confesse à voix basse, désireux d’expliquer l’inexplicable, d’excuser l’impardonnable. Tirer un trait sur la musique… c’était la pire chose que j’aie jamais eu à faire. Quand on a perdu Raven, que le groupe s’est cassé la gueule, j’ai perdu mes repères. Gemma, elle était… elle était complètement déboussolée, détruite même. Et entre nous j’ai été le plus dégueulasse des deux, parce que c’est moi qui ai profité de sa faiblesse. Elle aurait juste eu besoin de ma présence, de mon soutien, mais j’ai tout fait foirer. Puis ma rupture avec Kerr, la chute libre, la cure… j’ai fini par comprendre que tout ça était vain, que je ne pourrais jamais remettre ma carrière à flot. Je t’avais déjà perdue à cette époque-là, j’ai repoussé Sky’ lorsqu’il s’est bougé le cul pour me voir, il ne me restait pas grand-chose à quoi me raccrocher. Qu’est-ce que j’aurais foutu ici, sans but? J’avais déjà merdé en beauté, il me fallait faire quelque chose. En l’occurrence, partir. Mais j’étais pas injoignable pour autant. Un sourire sarcastique aux lèvres, je remets à demi-mots en doute le manque qu’a provoqué en elle mon absence, avant de me décider à le faire de but en blanc. J’ai été en contact avec Leslie tout le long tu sais? Ça n’a pas été bien compliqué : elle m’a fait parvenir un miroir à double-sens pour m’obliger à lui filer des nouvelles régulièrement. Tous les jours presque, parce qu’il paraît que je lui aurais manqué sinon, qu’il n’était simplement pas question qu’on s’éloigne ou je ne sais plus quoi, un truc niais du genre en tout cas. Toi et moi on n’a pas fait l’effort, soit, mais on peut l’assumer comme des grands sans le mettre sur le dos d’une môme, non? Je tire une nouvelle fois sur la cigarette, me rend compte que j’en fume plus que de mesure ces jours-ci, n’y prend pas garde ― une fois de plus. Je vais pas te mentir, j’me suis efforcé de ne pas penser à toi ces dernières années, comme je l’ai fait pour tous les autres en fait, et j’ai plutôt bien réussi. J’ai été égoïste, j’ai estimé que j’en avais le droit, à tort sans doute. Est-ce que ça change quelque chose si je te dis qu’aujourd’hui… que maintenant que je te vois, je me rends compte que j’ai peut-être bien manqué quelque chose, au final? Je ris jaune, brièvement, maussade. J’suis comme ça, à retardement en matière de sentiments. Mais tu vois… J’avais pas prévu de revenir, alors je me suis barricadé en moi-même comme j’ai pu. En d’autres circonstances j’me serais jamais repointé, et alors j’imagine que j’t’aurais manqué éternellement sans que tu ne fasses quoi que ce soit pour changer ça. Pour être honnête avec toi, je ne compte pas rester non plus. J’te l’ai dit : tout ça… c’est provisoire. Je convaincrai Gem’ de reprendre sa fille ou je trouverai quelqu’un d’autre, qu’importe, mais j’compte pas endosser bien gentiment le rôle de père encore longtemps, tout comme je ne compte pas m’installer à long terme dans le monde magique. Alors quoi? On reste là à se parler erreurs et à se balancer de vieilles rancœurs sur le coin de gueule ou on essaye de reconstruire quelque chose, de durable cette fois? J’aime pas me justifier, ça me fait chier. Mais j’essaye. J’ai fait l’erreur de te perdre une fois, je voudrais me rattraper pour ça. Vraiment. » Conclusion maladroite, peu concluante, peu convaincante. Je ne m’accorderais pas beaucoup de crédit, si j’étais à sa place. Et pourtant… je n’ose même pas croiser son regard, tant m’efforcer à ce point d’être sincère, entier, me ronge.



—Shut the fuck up

I'm not afraid to chase my dreams, just me and my guitar. And no one may ever know the feelings inside my mind, cause all of the lines I ever write are running out of time. Before I fall I want them to play my songs, I want them to sing the words I say. Before the darkness falls, I want...
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Re: Playful embrace

Message par Shaelyn Stern le Dim 8 Avr - 17:46

A mon discours, je sens bien l’embarras de Jay. Je sais que j’ai touché un point sensible, même si le jeune homme s’efforce de ne pas le montrer, d’être aussi nonchalant que d’habitude. Jusqu’à présent, je ne lui ai encore jamais fait la morale. Je suis plutôt du genre à laisser faire les choses, et advienne que pourra. Nul doute que ce revirement de situation le prenne un peu au dépourvu. Si j’étais arrivée le sourire aux lèvres, que se serait-il passé ? Nous aurions plaisanté comme si rien ne s’était passé, nous aurions fêté nos retrouvailles autour d’un verre, peut-être même aurions-nous fini au lit. Mais je l’ai surpris en adoptant un comportement bien différent, en cherchant à le secouer. Je m’aperçois alors que j’ai parlé un peu fort et que des regards curieux se sont posés sur nous, ce qui ne manque pas d’agacer un peu plus mon interlocuteur.

« J’prends ma pause. »

Sur ces mots, il se dirige vers la sortie, et je m’empresse de le suivre, comprenant bien qu’il préfère continuer cette discussion à l’abri des oreilles indiscrètes. J’ai lancé une bombe tout à l’heure, et Jay veut certainement éviter d’en rajouter. S’il est barman ici, il a tout de même une réputation à préserver vis-à-vis des clients. Une fois dehors, il allume immédiatement une cigarette, pour se calmer, indubitablement. Je le sens irrité, il semble réfléchir à ce qu’il va dire. Je ne dis rien, c’est à lui de parler, de me donner une réponse, de m’expliquer la situation, de me dévoiler ce qu’il a sur le cœur, s’il en est capable. Il prend finalement la parole, et je suis toute ouïe.

« Ça me gonfle. Franchement Sha, c’est quoi ces conneries? J’ai la gosse sur le dos depuis… quelque chose comme une semaine et ouais, ça a été sans conteste la pire de ma vie. Mais toi et moi on s’est perdus de vue depuis quoi, trois ans? Cette excuse, elle sonne comme du foutage de gueule. »

Je tique, et le montre en esquissant un demi-sourire, assez léger pour passer quasiment inaperçu. Il n’a pas vraiment tort. La gamine, je m’en moque un peu, au fond. Je trouve ça navrant pour lui qu’il en ait la garde, je la considère comme un poids malvenu, mais ce n’est pas ce qui me contrarie le plus. C’est vrai, elle n’est pas entrée dans sa vie depuis assez longtemps pour que je m’en soucie réellement. Il faut bien reconnaître que ce qui m’exaspère le plus, c’est que Gemma, après avoir détourné Raven de nous, ait réussi à faire de même avec Jay. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle est la seule et unique responsable de tous nos malheurs, le point de départ de la descente en enfer du groupe. Alors oui, j’ai besoin de me défouler, de tout mettre sur son dos, même cette absence de communication entre Jaylen et moi depuis un bon bout de temps.

« J’suis pas parti juste à cause d’elle tu sais. »

Je hausse les sourcils, surprise. C’est comme s’il venait de lire dans mes pensées. Mais je ne suis pas dupe, et j’attends la suite de la confession pour entendre quelle excuse il va bien pouvoir trouver.

« Tirer un trait sur la musique… c’était la pire chose que j’aie jamais eu à faire. Quand on a perdu Raven, que le groupe s’est cassé la gueule, j’ai perdu mes repères. Gemma, elle était… elle était complètement déboussolée, détruite même. Et entre nous j’ai été le plus dégueulasse des deux, parce que c’est moi qui ai profité de sa faiblesse. Elle aurait juste eu besoin de ma présence, de mon soutien, mais j’ai tout fait foirer. »

Je secoue légèrement la tête, outrée par ce que j’entends. Gemma, déboussolée ? Quel beau prétexte ! La faute à qui si Raven est parti ? Elle aurait mieux fait de faire profil bas au lieu d’aller pleurer dans les bras d’un autre. Pourquoi fallait-il qu’elle continue à être un boulet, à s’immiscer dans la vie des autres, à essayer d’attirer l’attention sur elle ? A 15 ans, elle avait l’excuse de l’adolescence, mais même adulte, elle n’a vraisemblablement pas muri.

« Puis ma rupture avec Kerr, la chute libre, la cure… j’ai fini par comprendre que tout ça était vain, que je ne pourrais jamais remettre ma carrière à flot. Je t’avais déjà perdue à cette époque-là, j’ai repoussé Sky’ lorsqu’il s’est bougé le cul pour me voir, il ne me restait pas grand-chose à quoi me raccrocher. Qu’est-ce que j’aurais foutu ici, sans but? J’avais déjà merdé en beauté, il me fallait faire quelque chose. En l’occurrence, partir. Mais j’étais pas injoignable pour autant. J’ai été en contact avec Leslie tout le long tu sais? Ça n’a pas été bien compliqué : elle m’a fait parvenir un miroir à double-sens pour m’obliger à lui filer des nouvelles régulièrement. Tous les jours presque, parce qu’il paraît que je lui aurais manqué sinon, qu’il n’était simplement pas question qu’on s’éloigne ou je ne sais plus quoi, un truc niais du genre en tout cas. Toi et moi on n’a pas fait l’effort, soit, mais on peut l’assumer comme des grands sans le mettre sur le dos d’une môme, non ? »

Je sens bien le ton des reproches dans ses propos. C’est vrai que jusqu’à présent, je n’ai pas vraiment cherché à le retrouver. Il a fallu que la garce refasse parler d’elle pour me donner un coup de fouet. Mais laisser les gens sans nouvelles et ne pas chercher à en avoir ne signifie pas pour autant que je ne pense pas à eux, et qu’ils ne me manquent pas. J’avais simplement d’autres priorité, et à présent que j’ai une vie assez stable, j’ai du temps pour renouer le contact. Je suis un peu jalouse de Leslie, qui ne parvient à se faire oublier par personne. Elle marque certainement plus les esprits que moi. Enfin, pas plus, mais différemment, d’une façon plus sentimentale. Je regrette de ne pas avoir été plus présente pour elle ou pour les autres.

« Tu as raison, c’est un peu un prétexte, en partie. Moi aussi j’étais en contact avec Leslie, mais je ne me suis sans doute pas autant occupée d’elle que je ne l’aurais dû. Et j’aurais dû rester près de toi aussi, j’en ai conscience. Mais tu ne m’as pas donné plus de nouvelles non plus. »

« Je vais pas te mentir, j’me suis efforcé de ne pas penser à toi ces dernières années, comme je l’ai fait pour tous les autres en fait, et j’ai plutôt bien réussi. J’ai été égoïste, j’ai estimé que j’en avais le droit, à tort sans doute. Est-ce que ça change quelque chose si je te dis qu’aujourd’hui… que maintenant que je te vois, je me rends compte que j’ai peut-être bien manqué quelque chose, au final? »

Je perçois comme un brin d’espoir dans sa voix, l’espoir que je ressente la même chose que lui. Mon cœur bat un peu plus vite tandis que je me rends compte que ma présence ici n’est pas vaine, que j’ai ravivé quelque chose en lui. Qu’il veut bien m’accorder une chance. Il rit, amèrement toutefois. Je lui souris malgré tout, pour confirmer sa pensée. Je me sens un peu rassérénée qu’il ait prononcé ces mots.

« J’suis comme ça, à retardement en matière de sentiments. Mais tu vois… J’avais pas prévu de revenir, alors je me suis barricadé en moi-même comme j’ai pu. En d’autres circonstances j’me serais jamais repointé, et alors j’imagine que j’t’aurais manqué éternellement sans que tu ne fasses quoi que ce soit pour changer ça. Pour être honnête avec toi, je ne compte pas rester non plus. J’te l’ai dit : tout ça… c’est provisoire. Je convaincrai Gem’ de reprendre sa fille ou je trouverai quelqu’un d’autre, qu’importe, mais j’compte pas endosser bien gentiment le rôle de père encore longtemps, tout comme je ne compte pas m’installer à long terme dans le monde magique. »

Mon sourire s’évanouit aussitôt et mon visage s’assombrit. Comment ça, il ne compte pas rester ? Pourquoi prenait-il cette décision ? Je ne pouvais pas supporter de savoir que nous étions insuffisants à son bonheur, qu’il pensait trouver mieux ailleurs, une plénitude hors du monde magique, loin de nous. Certes, tout ne se passe pas comme il l’aurait espéré, loin de là, mais comment peut-il ainsi nous fuir comme la peste ? J’ai du mal à comprendre. Mais alors que je fais une moue désabusée, la voix de Jay me sort de mes pensées.

« Alors quoi? On reste là à se parler erreurs et à se balancer de vieilles rancœurs sur le coin de gueule ou on essaye de reconstruire quelque chose, de durable cette fois? J’aime pas me justifier, ça me fait chier. Mais j’essaye. J’ai fait l’erreur de te perdre une fois, je voudrais me rattraper pour ça. Vraiment. »

Je ne suis pas du genre émotif, je ne fais pas dans la sensiblerie. Mais malgré l’annonce de son futur départ, il me réchauffe le cœur en m’annonçant qu’il veut recoller les morceaux avec moi. Et le voir ainsi, aussi embarrassé, fuyant mon regard, ça me fait complètement rendre les armes. Je ne peux m’empêcher de le prendre dans mes bras. Après tout, ça, je sais faire. J’ai toujours été tactile, ça ne change pas trop mes habitudes, même si ce câlin est un peu plus enthousiaste que ceux que je donne ordinairement. Je le sers fort contre moi, profitant de son odeur et de la chaleur de son corps. Il a certainement compris ce que signifiait cette étreinte, et qu’elle répondait à sa question. Toutefois, je ne compte pas m’arrêter là. Je m’écarte de lui pour lui répondre clairement cette fois.

« Si je suis là, c’est évidemment pour recoller les morceaux. Te rattraper ? Tu n’as pas à le faire. C’est vrai, j’étais déçue par ton comportement, mais ce n’est pas sur toi que je rejette la faute. Tu sais qui est responsable à mon sens. Et je t’en conjure, arrête de la défendre ! Elle n’a fait que nous pourrir la vie depuis qu’elle y a fait son apparition. Elle ne mérite pas qu’on s’occupe d’elle. C’est à cause d’elle que Raven est partie, elle n’avait pas à venir chialer dans tes bras ! »

Encore une fois, je suis un peu excédée, même si je me suis gardée de hausser le ton. Je desserre les dents et aspire une bouffée d’air pour reprendre mon calme. Ma voix s’adoucit. Je n’ai pas envie de le remettre sur la défensive.

« Pourquoi tu te sous-estimes autant, Jay ? Pourquoi tu baisses les bras aussi facilement au moindre problème ? Je te fais pas de reproche, mais franchement, tu mérites mieux que la vie que tu te crées. L’époque où tu étais insouciant me manque. Je sais que ton histoire avec Kerr t’a bouffé, mais le monde s’arrête pas de tourner pour autant. »

Je me passe une main dans les cheveux, consciente que je suis à nouveau en train de lui faire la morale, et que je m’adresse à lui comme à un adolescent qui vient d’être éconduit par sa belle. Il ne s’agit pas non plus de le rabaisser, bien au contraire.

« Tu le sais, il y a beaucoup de clichés sur les gays et les bi. Qu’ils sont efféminés, métrosexuels, hypersensibles. Mais toi, Jay, tu es certainement le mec le plus viril que je connaisse. Et je ne parle pas de ces hommes machos, misogynes ou insensibles. Pour moi, ceux-là n’ont pas de couilles, justement. Toi, tu en as. Alors, pourquoi tu veux partir ? »

Je lui prends la main, la serre très fort.

« Maintenant que je t’ai retrouvé, il est hors de question que je te laisse te sauver. Tu dis que tu as été égoïste… On l’a tous été, moi la première, et je le suis toujours. Je fais mes choix dans mon propre intérêt. Mais cet intérêt passe aussi par celui de mes proches. Si tu veux être moins individualiste, alors reste pour nous. Tire un trait sur tes problèmes passés, on s’en fout, c’est au présent qu’on vit. On est jeune, on peut encore en profiter, hein ? La pétasse qui fait office de mère de ta gamine a intérêt à vite la récupérer, mais si c’est pas le cas, tu peux compter sur moi pour l’éduquer, cette gosse. Oh, je sais que j’ai pas franchement la fibre maternelle, mais je suis la douceur incarnée, n’est-ce pas ? Et j’adore m’occuper des filles, je suis sûre qu’elle va me vénérer. Ne repars pas, Jay, ne m’échappe pas à nouveau. Je te lâcherai pas cette fois, même si tu essaies de te débarrasser de moi. »

Je soutiens son regard, implacable. Je sais qu’il va devoir retourner travailler, mais je tiens à ce que les choses soient claires avant.






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Shaelyn Stern
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