L'art d'appuyer là où ça fait mal. |PV

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L'art d'appuyer là où ça fait mal. |PV

Message par Invité le Dim 8 Nov - 15:36

Jaylen & Karolyn


    Je tourne, comme un lion en cage. Mes allers et retours incessants me rendent malade, mais je ne peux m’empêcher de faire les cent pas. Pourtant, je n’attends rien, je n’ai besoin de rien, et je ne m’ennuie pas. Non, simplement, je ne peux pas m’empêcher de tourner en rond. Mon appareil photo traîne sur le lit, comme une invitation, et j’ai très envie de le prendre. Cependant, je n’arrive pas à m’empêcher de tourner. Certaines mauvaises langues diront que c’est parce que je suis en manque, mais ce n’est pas le cas, je le sais au fond de moi. Non, ce qui me dérange est bien plus profond, et il tient en une chose, la lettre que je ne lâche pas. Le destinateur, mon père, et le sujet, mon frère… Ces deux personnes combinées ont un effet dévastateur sur moi, et je me sens comme une pelote d’épingle. Il ose me dire de ne pas le fréquenter, il ose me dire de penser à lui, et à sa fichue réputation. Et surtout, il ose m’avouer qu’il ne veut pas qu’il sache ce qu’il en est. Si je n’étais pas aussi furieuse après lui, certainement que j’en éclaterais de rire. S’il savait ce que j’avais révélé, et surtout ce que nous avions déjà fait, il serait furieux, mais surtout, il ne saurait pas où se mettre, et c’était franchement hilarant que de l’imaginer dans cette situation. A tester, pour le cas où il reviendrait m’embêter avec ses fichus principes. Ceux qu’il ne respectait même pas lui-même, en allant copuler ailleurs. Ah Merlin ce qu’il pouvait m’ennuyer avec ses lettres, surtout lorsqu’elles avaient cette teneur. Je ne voulais pas m’opposer à lui, je voulais lui obéir. Mais comment le faire alors que tout mon corps se tend vers lui, vers Jaylen. J’ai toujours été très attirée par lui, mais depuis que je sais que je ne devrais rien faire avec lui, et bien c’est encore plus fort. Toujours furieuse, je me dirige finalement vers mon lit d’un pas rapide et rageur, avant d’attraper au vol mon appareil, et de me diriger vers la sortie de mon dortoir. Au moins, je pourrais me calmer à faire des photos… du haut d’une tour. Quitte à avoir un super appareil photo, autant en profiter au maximum.

    Il ne me faut pas très longtemps pour arriver en haut de la tour d’astronomie, qui est bien entendu vierge de toute personne en ce samedi après midi. Lorsque je m’accoude au bord d’une fenêtre, je remarque une silhouette au loin, une guitare à la main. Mon estomac fait un bond lorsque je le fixe de mon objectif. Il s’agit de l’objet de mes fantasmes, en plein dans son activité favorite. Je m’installe confortablement sur ce rebord, afin de prendre les meilleures photos de Jaylen. Je sais que ça peut faire un peu groupie, mais ce n’est pas ça. Simplement, le voir ainsi, sur le vif, avec cette lumière magnifique de fin de journée, et avec un tel paysage. Voilà qui avait le mérite d’être un cadre parfait, pour de parfaites photos. J’étais venue pour me calmer, et j’ai eut raison d’emmener mon appareil, puisque c’est avec une concentration accrue, et un calme olympien que je commence à shooter. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, mais lorsque la lumière commence à décliner, je suis sûre d’une chose, je ne peux pas continuer. Deux choix s’offrent alors à moi. Ou je retourne dans mon dortoir, à me morfondre quand à la lettre de mon père. Ou j’essaye de profiter au maximum de mon samedi soir. Je dois avouer que je ne mets pas longtemps à choisir et je me dirige déjà vers le fond du parc, là où Jaylen était en train de jouer. Je ne lâche pas mon appareil, et je cours presque dans les escaliers, comme si j’avais peur qu’il ne m’échappe si par malheur je mettais trop longtemps pour arriver sur les lieux. Lorsqu’enfin je fus dehors, le froid me frappa de plein fouet, et pour la première fois depuis que j’avais quitté mon dortoir, je me rendis compte que je n’avais pas pris de veste. Pourtant, je n’avais pas la moindre envie de retourner dans mon dortoir, alors je continuais d’avancer, sans plus me soucier des frissons qui s’étaient emparés de moi. Ils allaient partir bien vite de toute façon, si je n’y prenais pas garde.

    J’entendis sa musique bien avant de le voir, et comme souvent, je fermais mes yeux, pour apprécier plus encore le son. Un arbre non loin me servit d’appui, et je croisais finalement les bras sur ma poitrine, me délectant intérieurement de sa musique. Il était franchement bon ce gars, et l’écouter était un vrai plaisir. Lorsque les dernières notes s’élevèrent, j’ouvrais enfin les yeux, et me laissais aller à quelques applaudissements, avant de reprendre mon appareil, pour une dernière photo, en gros plan, de lui qui se retourne vers moi.

      __Parfait, j’ai une série parfaite, qui pourrait me rapporter une fortune si je me décidais à les vendre.

    Bien entendu, je n’avais absolument aucun intérêt à vendre mes photos, après tout, je n’avais aucun souci d’argent, puisque ma mère était toujours aussi riche malgré les trous que mon père y faisait régulièrement.

      __Je n’ai pas besoin d’argent, mais peut être que je pourrais les vendre pour toi, et envoyer l’argent à ta mère. Comme ça mon père ne piquerait pas celui de la mienne pour lui envoyer…

    L’air faussement outré, je me pose la main sur ma bouche. En parfaite comédienne, je fais comme si je me choquais moi-même de mes propos.

      __Oups, sujet sensible ?

    J’éclate finalement de rire, avant de reprendre mon air habituel, celui de la petite peste qui sait parfaitement appuyé là où ça fait mal. Je fais finalement une moue boudeuse, avant de conclure

      __Je suis vexée Jay. Tu ne peux pas m’ignorer comme ça, c’est… blessant…

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Re: L'art d'appuyer là où ça fait mal. |PV

Message par Jaylen Killam le Mar 17 Nov - 2:18

    Karolyn. Son prénom tourne et tourne encore au fil de mes réflexions, litanie persistante dont je ne souhaite que me débarrasser. Mais tout ce que je parviens à faire, c'est m'enfoncer encore un peu plus dans le souvenir de ses révélations. Je ne sais pas comment réagir. Je ne sais même pas depuis combien de temps je l'évite, alors qu'elle me poursuit de ses sourires malsains et de ses allusions moqueuses. Cette fille... n'a aucune conscience. Je grimace, trop conscient de l'énormité de ce que je viens de penser, mais ne trouve aucune formulation plus adaptée. Certes, je suis terriblement mal placé pour parler conscience. Certains répliqueraient d'ailleurs que je n'en suis moi-même dépourvu. Sauf que... sauf que ça, c'est trop. J'ai trouvé ma limite, je crois, et elle est si incroyable que je n'aurais jamais été capable de seulement l'imaginer, si je n'y avait pas été confronté. Karolyn. J'ai beau aligner les faits, constater l'évidence, je n'arrive toujours pas à m'y faire. Et elle, qui l'accepte avec tant de désinvolture ! À croire qu'elle est totalement inconsciente des implications de cette affaire.

    Mes doigts dérapent, produisant un son affreux dont le crissement me tire une grimace – pas qu'à moi, d'ailleurs, à en voir les réactions des autres.
    « C'est quoi cette daube, Jay ? Tu fais vraiment rien de bon ce soir ! »

    Je sers les lèvres, sans même jeter un coup d'oeil à Skyler. Je sais qu'il a raison – et ça me fout les boules. J'aurais préféré qu'il fasse comme Raven, qui fixe son micro avec indifférence même si une remarque semble lui brûler les lèvres. Je ne me tourne même pas vers Kerr, donc l'anxiété me parviens aisément, même à distance. Je serais prêt à parier que ça le ronge, de savoir quel est le problème. Encore. Quelques jours plus tôt, j'aurais pris mon pied à lui expliquer qu'il s'agit une fois de plus d'une affaire de baise. Mais là... je détourne le regard pour masquer ma gêne. Je me fais honte... c'est mauvais signe.
    « Me prend pas la tête., je grogne en direction du batteur. Je rejette la tête en arrière, chassant les mèches qui m'obstruent la vie, en une vaine tentative pour me reprendre. C'est bon. Je gère. »

    Il acquiesce, mais ne semble pas convaincu pour autant. Au moins il n'est pas du genre à me faire chier pour savoir ce qui se passe, et c'est justement pour ça – je suppose – qu'il n'insiste pas plus.

    Mais malgré mes efforts, rien à faire. Karolyn m'obsède, et pas de la plus agréable des façons qui soient. Une demi-soeur... Bon sang, si j'avais pu m'attendre à ça ! J'ai encore du mal à encaisser. Je suppose que je devrais être au moins à moitié excité par la nouvelle. Je veux dire... une soeur, quoi ! J'aurais aimé le savoir il y a quelques années. Mais le reste... je repense à son père. À notre père. Ce salaud qui a choisi sa mère et pas la mienne, qui s'est empressé de disparaître après avoir conçu un gosse... Qui est conscient de mon existence, mais s'en fiche éperdument.
    Ce ne sont ni la peine, ni les regrets qui me prennent aux tripes ; plutôt une colère sourde et amère, qui m'obstrue la gorge et me file la nausée. Je ne veux pas le connaître. Je suppose que je devrais ; mais cette seule idée me rebute. J'exècre ce lâche. Ce minable.

    Je me mords les lèvres pour oublier, passer à autre chose et me consacrer entièrement à la musique, mais rien. Elle s'impose encore, persistante, Karo et ses lèvres pleines. Ses lèvres... auxquelles j'ai goûté. La voilà, la raison pour laquelle je ne parviens pas à me réjouir de son existence. Une demi-soeur... dont je connais le corps un peu trop bien. Une demi-soeur avec qui j'ai couché, non pas à une, pas à deux, mais à de trop nombreuses reprises. Le pire étant que cette folle, même en sachant la vérité, me veut encore.

    Une avalanche de fausses notes plus tard, je me relève brusquement, furieux contre moi-même, les mains levées autant en signe de reddition que pour faire taire les commentaires et reproches que les autres s'apprêtent à faire.
    « C'est bon, la ferme. Je suis naze, j'me casse. »

    Je n'attends pas les répliques assassines qui leur pendent aux lèvres pour claquer la porte, disparaissant à grands pas en direction de l'extérieur. L'air du château me semble désagréablement étouffant. Je traverse la pelouse du parc en évitant les regards, malgré l'impression que j'ai de les avoir tous braqués sur moi. S'ils savaient... ! Je crains surtout que ça ne rejaillisse sur le groupe.
    Ce n'est qu'une fois bel et bien éloigné de tous les autres que je m'arrête, au pied d'un chêne dont les branches feuillues s'étendent en toile d'araignée, barrant en partie les rayons du soleil. Ses racines noueuses se croisent et se décroisent au sol, formant une creux plus ou moins confortable sur lequel je m'affale, remarquant à peine le kaléidoscope de couleurs dont se pare la surface du Lac Noir un peu plus loin. N'importe qui trouverait cette scène magnifique, mais je ne suis justement pas n'importe qui. Et je n'ai franchement rien à battre de la beauté du décor. Ce qui me frustre, c'est d'avoir été incapable de me plonger dans mes notes. La guitare à toujours été mon amante la plus fidèle, la plus importante aussi ; la seule dont les bras m'apparaissent comme un véritable refuge. Et j'ai l'étrange impression de la trahir, alors que je ne cesse d'en revenir à Karolyn... à tous ces secrets dévoilés qui me hantent. Je ne veux plus penser à ça.

    Paupière closes, je laisse glisser mes doigts le long des cordes, sentant avec soulagement l'habituelle sensation d'apaisement mes dénouer les muscles. Je ne m'étais même pas rendu compte d'être aussi stresser. Peu emballé à l'idée de réciter des mélodies connues par coeur, je finis par choisir l'improvisation, jouant au gré de mes envies sans me soucier du résultat – il paraît, de toute façon, que je ne suis jamais aussi bon qu'en impro. Et après tout, puisqu'il n'y a personne pour m'entendre...
    Très vite, ce qui m'entoure se brouille, s'efface, pour ne plus laisser que ces sons exacerbant mes émotions. J'exprime la colère que m'inspire ce géniteur inconnu. La déception provoquée par le départ de Iannis. L'agacement vis-à-vis de ma propre mère, qui transforme en horreur tout ce qu'elle touche. Le dégoût par rapport à moi-même, mes échecs, mes erreurs. Mes excès, mes obsessions. Ma connerie. Tout ce que je ne changerai pas. Et peu à peu, le rythme se fait plus lent, plus apaisant, à croire que je tente de cette façon d'accepter comme une fatalité ce que je viens d'avouer à coup de notes. C'est comme avoir mal tout en se sentant mieux que jamais auparavant.

    Un bruit inattendu brise soudainement le silence. Les éclats de deux mains battant l'une contre l'autre en quelques applaudissements dérisoires, saluant la performance que je n'étais pas conscient d'effectuer, et je me fige. Je la devine avant même de l'apercevoir, et sa voix s'élève alors que je pose enfin les yeux sur elle.
    « Parfait, j’ai une série parfaite, qui pourrait me rapporter une fortune si je me décidais à les vendre. »
    « C'est ta façon d'exploiter la fixation que tu fais sur moi ? Garce. Tu sais bien que je déteste ça. »

    Je sais bien, pourtant, qu'elle ne les vendra pas. Mais elle a immortalisé un autre de ces souvenirs que j'aimerais pouvoir oublier, se faisant spectatrice d'un moment d'intimité dont j'aurais voulu être l'unique acteur. Et évidemment, il lui faut en rajouter une couche.
    « Je n’ai pas besoin d’argent, mais peut être que je pourrais les vendre pour toi, et envoyer l’argent à ta mère. Comme ça mon père ne piquerait pas celui de la mienne pour lui envoyer… »

    Cette fois, mes membres se crispent, se tendant à l'extrême, alors que je me force à rester à ma place. Pourtant l'envie de me jeter sur elle pour lui faire ravaler ses mots me démange. Elle affiche un air choqué très crédible, que je sais toutefois parfaitement feint, et elle plaque ses mains contre sa bouche, comme regrettant ce qu'elle vient de dire. Et pourtant.
    « Oups, sujet sensible ? »
    « J't'emmerde. ».

    Je suis conscient d'être plus agressif que nécessaire – mais elle sait qu'elle aborde des sujets sensibles. Et je lui en veux, de jubiler ainsi alors que le tremblement de mes propres mains me trahit de la plus pathétique des façons. Son éclat de rire parle pour elle.
    « Je suppose que ma mère n'aurait pas besoin de l'argent de la tienne si ton paternel ne semait pas des gosses un peu partout. De toute façon c'est terminé. »

    Mes mains se serrent alors que je prononce ces mots. Evidemment, que c'est terminé ! Pas question que je vive plus longtemps aux frais de ce type. Pas alors que je le sais maintenant.
    « J'peux me débrouiller sans ce connard. Et une fois qu'on aura coupé les ponts avec ta famille, ma mère et moi, tu ne seras plus obligée de me trainer dans les pattes. »

    Façon de dire que je m'attend à la voir disparaître de ma vie. Parce que c'est ça son problème non ? Ça lui fait les pieds, que son père entretienne une ancienne maitresse depuis de si longues années. Alors qu'il a déjà une femme et une fille, auxquelles il est sensé se consacrer entièrement. Du moins, je suppose que c'est ce qu'elle ressent. Parce que si j'avais été le gamin légitime, j'aurais détesté le bâtard.
    Mais c'est utopique, j'en suis conscient. Karolyn n'est pas du genre à lâcher quoique ce soit avant d'avoir atteint ses objectifs, et j'ai comme l'impression que je fais maintenant partie de l'un ces dits objectifs.
    « Je suis vexée Jay. Tu ne peux pas m’ignorer comme ça, c’est… blessant… »

    Je redresse enfin ma guitare et la fixe, agacé.
    « Blessant ? Je me rends compte que je suis sur le point de m'emporter, mais me découvre incapable de me contenir. Tu veux savoir ce qui est blessant ? C'est c'que tu me balances à la gueule à chaque fois qu'on se croise. Ou plutôt, à chaque fois que tu me tombes dessus.  »

    Je pose précautionneusement ma guitare à mes côtés avant de me relever, incapable de la laisser me surplomber plus longtemps. Mais je ne cherche pas pour autant à croiser son regard. Tout comme je ne m'approche pas d'elle. Parce que je sais trop bien l'effet qu'elle me fait. Je suis un imbécile dirigé par ses hormones ; hormones qu'elle est parfaitement capable d'exciter à son avantage, pour mon malheur. Je ne savais pas pourquoi je m'étais senti inexorablement attiré par elle dès le départ... maintenant je comprend. On est du même sang. De la même année. Du même jour. Un hasard, diraient certains. Un atroce tour du destin, de mon point de vue.
    « À quoi ça rime tout ça, Karolyn ? J'en ai marre de tes histoires. Merde, c'est pas non plus comme si je t'ignorais sans raison, t'es bien placée pour le savoir ! On est... et on a... J'arrive juste pas à digérer, ok ? »
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Re: L'art d'appuyer là où ça fait mal. |PV

Message par Invité le Lun 7 Déc - 16:54

    « C'est ta façon d'exploiter la fixation que tu fais sur moi ? Garce. Tu sais bien que je déteste ça. » Un sourire étrange passe sur mon visage à ce moment là. Un peu comme si je prenais soudain conscience de ma soit disant fixation. Je n’ai certes pas besoin qu’il me le dise pour le savoir, cependant, je me sens, pendant quelques secondes, mal à l’aise. Cependant, ce léger malaise ne m’empêche pas de reprendre la parole, toujours aussi malvenue : « Je n’ai pas besoin d’argent, mais peut être que je pourrais les vendre pour toi, et envoyer l’argent à ta mère. Comme ça mon père ne piquerait pas celui de la mienne pour lui envoyer… » Comme je le fixe, je ne loupe sa tension soudaine. Je sais à quel point ce sujet peut être sensible chez lui. Avant même que je ne connaisse ce secret qui nous lie, je savais que ses parents étaient un sujet sensible, et maintenant, plus encore. Et je dois avouer que ça m’amuse énormément. « Oups, sujet sensible ? » « J't'emmerde. ». Mon rire s’élève, clair et désagréable, j’en suis certaine. Je ne cherche pas à me moquer de lui, mais simplement, je m’amuse. Appuyer là où ça fait mal est ma principale occupation, et c’est si simple avec Jaylen que cela m’amuse d’autant plus. « Je suppose que ma mère n'aurait pas besoin de l'argent de la tienne si ton paternel ne semait pas des gosses un peu partout. De toute façon c'est terminé. J'peux me débrouiller sans ce connard. Et une fois qu'on aura coupé les ponts avec ta famille, ma mère et moi, tu ne seras plus obligée de me trainer dans les pattes. » Je le voit serrer les poings tout en parlant, et pour la première fois depuis longtemps, je me sens légèrement triste pour quelqu’un. Ce n’est pas parce qu’il me somme explicitement de le laisser tranquille, non, c’est quelque chose de plus profond, comme si je compatissais réellement pour le guitariste. Après tout, j’avais eus la belle vie, et lui une vie de merde, et surtout, j’avais eus un père, alors que lui non. Je suis la chanceuse dans l’histoire, et je sais que jamais je ne pourrais savoir ce qu’il avait pu endurer dans le passé, à cause de tout ça. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un léger pincement au cœur face à ces quelques mots.

    Je me reprends pourtant bien vite, je ne suis pas du genre à m’épancher sur mes sentiments, ou bien même sur ceux des autres. Essayant de refouler dans un coin de mon esprit mes dernières pensées, je reprends la parole, aérienne, avec pourtant une magnifique moue boudeuse : « Je suis vexée Jay. Tu ne peux pas m’ignorer comme ça, c’est… blessant… » « Blessant ? Tu veux savoir ce qui est blessant ? C'est c'que tu me balances à la gueule à chaque fois qu'on se croise. Ou plutôt, à chaque fois que tu me tombes dessus. » J’accentue ma moue boudeuse au fur et à mesure de ses paroles. J’ouvre la bouche, m’apprêtant à répondre quelque chose de franchement amusant pour moi, et qui le serait bien moins pour lui Cependant, j’hésite pendant quelques secondes, je ne sais pas vraiment si je peux lui dire ça. Certes, ça ne serait que la continuité de mes paroles précédentes, mais j’avais l’impression d’aller un peu trop loin. Mais finalement, j’eus un petit rire discret, avant d’hausser les épaules. Et depuis quand j’avais une limite ? Jamais au grand jamais je ne pourrais aller trop loin puisque de toute façon je ne m’étais fixé aucune limite.

      __Normal que je te tombe dessus mon chou. Tu m’ignores sans arrêt. C’est franchement indigne… de moi, et aussi de toi, je te croyais mieux élevé !

    Il se relève enfin, tout en ne me regardant pas. Je sais pourquoi, et un nouveau sourire se dessine sur mes lèvres. Qu’est ce qu’il peut être mignon à cet instant précis. Lui, le grand Jaylen Killam, guitariste de son état, rock star, et camé notoire, ressemblait à un petit oisillon blessé face à un grand prédateur. Ces petites comparaisons me font rire, et une nouvelle fois, je me laisse aller à mon hilarité. Il ne me regarde pas, ni ne s’approche, et je ne peux donc pas m’empêcher de rire de plus belle, comme motivée par un spectacle comique, ce qui n’était pourtant pas le cas. Ce n’était simplement qu’un garçon mal à l’aise, et je dois avouer que c’est pour moi le plus drôle des spectacles. « À quoi ça rime tout ça, Karolyn ? J'en ai marre de tes histoires. Merde, c'est pas non plus comme si je t'ignorais sans raison, t'es bien placée pour le savoir ! On est... et on a... J'arrive juste pas à digérer, ok ? » J’arrête de rire subitement, non pas parce qu’il m’a choqué, ou donné à réfléchir, seulement le moment n’était tout simplement plus à rire. Et de toute façon, il n’y avait plus rien de drôle maintenant. Je pose un de mes index sur ma lèvre inférieure, comme si je réfléchissais, en fait, je ne sais pas quoi lui répondre. Une réplique aussi vaine que méchante pend à mes lèvres, et pourtant, je ne la dis pas, réfléchissant à quelque chose de bien mieux. J’avance d’un pas vers lui, mais m’arrête soudain, je ne peux pas m’approcher de lui. Cela me ferait gagner certes, mais je ne voulais pas gagner de cette façon là. Je voulais avoir son accord avant de… J’enlève la main de ma bouche, avant finalement reprendre la parole, toujours aussi désagréable, n’ayant rien trouvé de mieux :

      __Oh ? Je t’ai choqué Jaylen ? Moi ? Toi ?

    J’éclate de nouveau de rire, comme si le serpentard était un clown hors pair. Là, cette fois, je me moquais réellement de lui, comme si je n’avais rien de mieux à faire, et il semblait d’ailleurs que c’était le cas cette fois. Alors que j’allais continuer sur ma lancée, un brusque frisson s’empare de moi, et je me rends soudain compte que j’ai la chair de poule en cette soirée fraîche. J’aurais finalement du prendre une veste, puisqu’un second frisson vint. Cependant, maintenant que je tenais Jaylen, je ne voulais pas m’en aller. Tant pis si je devais mourir de froid, au moins je le ferais en présence de ce magnifique jeune homme. Sans plus me préoccuper des nombreux frissons qui me parcouraient maintenant, je repris, encore plus méchante, si cela était possible.


      __Je te croyais dépourvu du moindre sens moral, éthique ou tout synonyme… Tu n’as aucune conscience, mais ça, ça te dégoûte ? Pourtant, si je me souviens bien, c’était plutôt bien entre nous non ?

    Cette fois, je m’approche de lui, et dépose finalement ma main sur son épaule, avant de passer derrière lui. Je me hisse sur la pointe des pieds afin de dépasser son épaule, et je lui murmure dans son oreille :

      __Tu te priverais de moi ? Pour de simples principes à deux mornilles ? Je croyais que tu étais un mec à scandales…

    Finalement, j’attrape le lobe de son oreille entre mes lèvres, et le titille de ma langue experte. Ma main droite elle, l’autre tenant toujours mon appareil photo, vint se poser sur sa hanche à lui, avant de migrer, doucement, mais sûrement, vers son ventre plat. Moteur ! Action !

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Re: L'art d'appuyer là où ça fait mal. |PV

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