I could easily forgive your pride, if you had not mortified mine. -- Samaël

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I could easily forgive your pride, if you had not mortified mine. -- Samaël

Message par Quinn Harper le Lun 9 Avr - 22:30


J’ignorais depuis combien de temps j’étais assise là, les yeux rivés sur ces copies sans pour autant que la montagne de parchemin ne diminue. Agacée, pour la énième fois depuis près de quatre heures, je signais la copie d’un énorme « P » rouge. La plupart des élèves de premières années étaient plus brillants que ceux des autres années et ça devenait rapidement lassant de constater tous ces abruties qui allaient parcourir le monde magie d’ici peu. Ma plume fit une courte chute et s’écrasa sur le bureau avec silence. Fermant les yeux, je rejetai la tête vers l’arrière et mes cervicales protestèrent en craquant. Souvent, je me demandais par quel élan masochiste avais-je accepté ce poste d’enseignante. Certes, je n’avais pas vraiment à me plaindre, j’avais un emploi stable que j’aimais bien, la plupart du temps, mais plusieurs aspects de la chose étaient agaçants. La présence de Garden au château, par exemple, où encore le niveau bas des élèves qui n’avaient pas passé les tests de sélections et qui avait le don de mettre mes nerfs à bout. Ne faisait-il pas être plus que stupide pour croire que le Accio verrouillait les portes? Pendant un long moment, j’observais mon bureau sans vraiment le voir, caressant les décorations bleues et bronze du regard avant de secouer doucement la tête. Ce fut un raclement de gorge qui m’obligea à lever la tête vers la porte. « On s’ennuie, Miss Harper? » « On m’espionne, Monsieur Meyer? » demandais-je en soulevant un sourcil moqueur. J’avais toujours un peu de mal à réaliser la relation que j’entretenais depuis des années avec Adam, c’était toujours un peu déstabilisant, mais ça me plaisait. J’avais fini par m’attacher à lui et il avait maintenant une place d’exception dans ma vie, malgré que j’avais toujours un peu de difficulté à lui faire entièrement confiance que je ne pouvais pas cesser de le surveillé comme si j’avais peur de sa prochaine erreur. Ce ne fut qu’après une brève discussion plutôt plaisante et qui chassa mon irritation que mon ami prit congé. De nouveau, je me retrouvai seule dans la pièce, observant la porte avec intensité avant de jeter un coup d’œil à la pile de parchemin. À quoi bon s’acharner? Ma patience atteignait ses limites et le soleil était couché depuis longtemps maintenant. Un peu d’air ne me ferait pas de mal, n’est-ce pas?

À cette heure-ci, la croisée des chemins était déserte, comme c’était souvent le cas lors des jours de semaines, quand les élèves étaient cloîtrés à l’intérieur du Château et que la majorité des enseignants y restaient pour garder un œil sur eux. Ce n’était pas mon cas ce soir. Mon tour de ronde était la veille au soir, je n’avais pas à me balader dans les couloirs hantés de fantômes. Aussi bien en profiter, non? Je traversais le hangar, ignorant les regards des gardes sur ma personne et filet dans la nuit, sans même me retourner. Malgré l’absence de soleil, les rues de Londres étaient tout de même bien éclairées et malgré mon sens de l’orientation des plus lamentables, j’avais une chance de ne pas me perdre dans le dédale de chemins tortueux. Je resserrai les pans de ma cape autour de mes épaules sous la morsure du vent frisquet. Je laissais mon esprit vagabondé au rythme de mes pas, ne prêtant pas vraiment attention à l’endroit où j’allais, ce qu’il aurait bien fallu que je fasse si je voulais retrouver mon chemin avant le petit matin, mais lorsque l’idée frôla mon esprit, il était déjà trop tard et je me retrouvais au milieu de nulle part. Bon tant pis. Enfonçant mes mains dans mes poches, je poursuivais mon chemin. Quand Clyde m’avait donné ce poste à Poudlard, je n’avais pas été très chaude à cette idée. Me retrouver à temps plein dans cette école où j’avais vécu tellement de drame m’avait fait donner froide dans le dos. J’avais passé plusieurs nuits à resté éveillée à observer le plafond de ma chambre, regrettant que les choses ne soient pas comme autrefois, comme lorsque j’étais cette gamine arrogante et trop sure d’elle, comme lorsque je pouvais me retourner vers Emalee quand le sommeil m’échappait. J’avais fini par m’y faire malgré tout, à trouver le sommeil dans ce château rempli de vieux fantômes, à vivre une vie à peu près normale dans un tel endroit. Qui plus est, je n’étais plus une enfant qui avait peur de tout, n’est-ce pas? J’avais vieilli, j’étais plus mature, j’avais appris à aller vers l’avant, du moins c’était ce que je croyais. Du moins, je n’avais plus besoin de berceuse pour m’endormir le soir, ni d’une présence rassurante à mon côté. Le château commençait doucement à me paraître moins hostile et j’y retrouvais mes repères avec une facilité désarmante. Bien entendu, jamais je ne me serais imaginé à un tel poste, à la tête de mon ancienne maison, mais puisque j’y étais, aussi bien m’y faire.

Ce n’est qu’après un énième détour qu’un mouvement attira mon attention dans la ruelle. Fronçant les sourcils, j’avançais d’un pas plus lent, serrant ma baguette entre des doigts glacés jusqu’à ce que mes jointures se blanchissent. Plus rapidement que je l’avais prévu, je me retrouvais face à face à un homme qui me dépassait de plus d’une tête et me dominait de toute sa hauteur, un homme dont les traits m’étaient plus que familiers et je sentis rapidement mon sang bouillir dans mes veines. «Parmi tous les imbéciles imbus d’eux-mêmes possible et imaginable, il a fallu que je tombe sur toi, je n’aurais pas espéré mieux. » lançais-je d’un ton agressif sans relâcher ma prise sur ma baguette ou la baisser. Samaël Wilson ne m’avait rien fait, du moins, officiellement. Autrefois, notre relation avait été des plus discrète, confinée dans la salle sur demande et tournant uniquement autour de la magie noire et de sa pratique. Ça avait toujours fonctionné comme ça, jusqu’à cette nuit où j’avais été agressée, souillée et laissée pour morte dans une classe vide. Ce soir-là avait été l’un de ceux où je devais le rejoindre pour notre petite pratique de la semaine. Par la suite, il n’avait jamais posé de question, se contentant de faire comme si je l’avais cruellement poignardé dans le dos, nos petites réunions n’ont plus jamais eu lieu. Au final, Samaël avait été comme tous les autres sur ce coup-là, trop aveugle pour voir que quelque chose clochait. Six ans plus tard, je lui en voulais toujours, comme j’en voulais toujours à Clyde de ne pas avoir vu le drame pointer le bout de son nez alors qu’il connaissait la fourberie de Teel. Je lui lançai un regard assassin, ma baguette venant taper frénétiquement dans ma paume ouverte dans une suite de gestes mécaniques et agacés. «C’est décevant de constater que tu es toujours en un seul morceau depuis le temps. Visiblement, mes souhaits n’ont pas été exaucés. » Je lui offris mon sourire le plus exécrable, sans le quitter des yeux. Il y avait un moment déjà que cette situation avait pris place entre nous, moi l’attaquant à la moindre occasion et lui qui ne bronchait pas, trop fier pour me donner la satisfaction de le voir s’enflammé sous mes insultes. Je ne me faisais pas d’illusion, je me doutais que Samaël n’avait aucune espèce d’idée du pourquoi. Il ne connaissait pas l’histoire en entier, sans doute croyait-il que j’étais la fautive, que c’était à moi de présenter des excuses, de me faire pardonner, alors qu’il n’avait même pas osé me demander d’explication, qu’il avait simplement fait comme si je n'existais plus.



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Re: I could easily forgive your pride, if you had not mortified mine. -- Samaël

Message par Samaël E. Wilson le Mar 17 Avr - 16:57

« Un peu d’aide serait la bienvenue! » La voix couvre à peine les éclats bruyant de la lutte, les sorts criés et les explosions provoquées par les éclairs lumineux qui jaillissaient des baguettes brandies. J’esquissa un sourire désabusé en direction de l’auror qui s’est adressé à moi. « Vous avez l’air d’avoir du mal, en effet » ― est tout ce que je daigne lui répondre en échange, sans faire un geste pour joindre mes forces aux leurs d’une manière ou d’une autre. Ne sont-ils pas les glorieux soldats du monde sorcier, ceux que l’on envoie en première ligne, les sacrifiés grâce auxquels ceux dont la valeur est estimée supérieure s’en sortent la vie sauve, couronnés de gloire par ailleurs? Non que j’aie à tirer la moindre renommée de cette mission : ce n’est qu’une descente de routine, et je ne suis pas leur supérieur. Les collaborations des langues-de-plombs avec le bureau des aurors sont courantes; aujourd’hui encore, ils sont présents pour sécuriser le périmètre et me permettre d’accéder à la raison de notre présence ici : le fruit des recherches présumées dangereuses de Siloë Perkins. Si nos positions font de nous des « ennemis », je dois reconnaître que son travail m’inspire plus de respect et d’intérêt que je ne le devrais. Son mépris pour les vies des impurs et le manque d’égards cruel avec lequel elle s’est servie de quelques-uns d’entre eux pour tester ses expériences n’est guère différent de la nonchalance avec laquelle le Ministère livre sous cape à notre département des cobayes vivants ― et ce depuis longtemps avant l’avènement de Clyde ― dès lors que les dits cobayes ont été jugés déshumanisés par leurs crimes. La différence entre elle et moi est simple : elle agit illégalement, tandis que mes actes sont excusés par le gouvernement lui-même. Mais en nous brûlent les mêmes haines, la même soif de savoir, le même dédain des notions d’éthique. Tandis qu’elle croupira à Azkaban, je me ferai un plaisir d’étudier ses années de dur labeur et de les pousser à l’extrême. Maigre consolation pour elle, sans doute, que de savoir que ses recherches seront exploitées et poursuivies sans qu’elle n’ait le moindre droit sur elles. Ceci dit elle n’aura guère le temps de s’en préoccuper bien longtemps : les détraqueurs auront tôt fait de réduire son génie en débilité placide.

Un sort me tire brusquement de mes pensées en me filant par-dessus l'épaule, découpant la robe et sciant superficiellement la chair au passage. Avec un glapissement involontaire, je me détache de mon appui ― le mur ― pour constater les dégâts. J’ai abaissé mon bouclier sans même m’en rendre compte : une faute de débutant. Mon regard colérique scanne les environs à la recherche du coupable, et je croise juste à temps celui de mon attaquante, qui s’apprête à récidiver, pour ériger une protection. Le sortilège offensif rebondit sur la barrière invisible en des gerbes bleutées qui s’évanouissent aussitôt, et le bouclier se résorbe tandis que je désarme mon adversaire. Pris d’assaut par un autre, je n’ai pas le temps de me retirer de la lutte, et c’est avec un grincement de dents que je me résous à la mener à terme, sous le ricanement moqueur de l’auror que j’ai ignoré un peu plus tôt. Nous sommes trois, et face à nous se dresse ce qui doit être des hommes de mains ― au nombre de quatre. Deux d’entre eux ont été terrassés par les aurors, le troisième tâtonne à la recherche de sa baguette, perdue lors de notre combat. Je l’aveugle d’un mouvement de poignet, tandis que l’un de mes collègues prend d’assaut le dernier debout et que l’autre part à la poursuite de Perkins, qui en a profité pour fuir. Je lui laisse un temps d’avance avant de le suivre. Étrangement, elle n’a pas tenté une sortie, sans doute parce qu’elle s’avait que partir à découvert ferait d’elle une cible facile. Les environs ont été soumis à une barrière anti-transplanage; le temps qu’elle s’en échappe, nous aurons eu le temps de la rattraper dix fois. Au lieu de quoi, elle s’est réfugiée dans les sous-sols de sa modeste demeure, au fin fond de laquelle elle garde probablement quelques ressources qu’elle s’apprête à retourner contre nous. Je jette un coup d’œil suspicieux aux marches d’escaliers dont les dernières se perdent dans la pénombre. Par précaution, je projette un double onirique et à peine sa présence vaporeuse est-elle détectée qu’un piège s’enclenche, hypersensible : des lanières fusent de la troisième marche et se resserrent pour agripper l’intrus, mais passent au travers. Je les fige et me penche pour les tâter du bout de ma baguette; leur intérieur est recouvert d’une potion dont je n’ai guère envie de connaître les effets. Nouveau coup d’œil en contre bas… courir face au danger ou laisser l’auror ― formé pour ce genre de situations ― s’en charger comme un grand? Le deuxième choix me fait de l’œil; je lui cède sans réticence. En me retournant, je heurte Ethelbard, l’autre auror resté sur place, et lui lance un regard noir. Nous n’échangeons pas un mot, mais je le vois scruter l’escalier à son tour avec hésitation, hausser les épaules et faire un pas en arrière. « Froussard », je me moque en vérifiant rapidement l’un des fauteuils, avant de m’y effondrer gracieusement une fois certain qu’il est sans danger. « Tu te crois mieux? » Son timbre est défensif, agressif du même coup; il semblerait que j’ai touché une corde sensible. « Je suis un chercheur, Ethuseless. Moi je ne me balade pas en exhibant une insigne de super protecteur de la nation alors que je ne la mérite pas. » J’étire tranquillement mes jambes devant moi et mime un air étonné lorsqu’il corrige son nom avec aigreur. « Peu importe », je décrète avec un geste de main indifférent. Un appel retentit du sous-sol. En moins d’une seconde, mon interlocuteur est sur pied et se précipite en direction de son comparse. Je n’ai que le temps de me lever à sa suite et de le retenir en tirant sur son col pour l’empêcher de s’enfarger dans le piège des escaliers. En bas, éclairé par la faible lueur d’un « lumos », Johnson désigne une masse de membres entremêlés à ses pieds, immobile et saucissonnée par un nombre impressionnant de cordes solides. « il a fallu tout ça pour l’empêcher de bouger », nous renseigne-t-il avec aigreur avant de marmonner un « raclure » à voix basse. Je le vois lever le pied, comme pour l’abattre sur la femme, mais le mouvement lui arrache une grimace; il se déséquilibre et s’effondre aux côtés de sa prisonnière en lâchant un râle douloureux. Son camarade s’empresse de lui demander ce qui ne va pas, mais je le devine avant qu’il ne le dise : il s’est laissé prendre au premier piège avant de comprendre que la demeure en était truffée, et de prendre ses précaution. Ce crétin abaisse sa baguette pour éclairer ses chevilles meurtries et j’ai un geste de recul horrifié. Des cloques épaisses enflent à la surface de sa peau et remontent lentement le long de ses mollets, comme une gangrène. Et il a continué de s’appuyer sur ses membres purulents, pourrissants sur place, jusqu’à parvenir à stopper cette ingénieuse complètement dingue? J’évalue la situation, décide de ne pas m’en mêler plus que nécessaire... « Fais-la léviter jusqu’à nous, on verra comment te sortir de là ensuite. » Il s’essouffle. « Trop haut. » « Tu n’auras qu’à la lâcher au milieu des escliers, je réplique avec agacement. Ce ne sera que justice, si elle teste ses propres expériences. Et peut-être sera-t-elle plus encline à nous donner un contrepoison puisqu’elle en dépendra aussi. il ouvre la bouche sur je ne sais quelle nouvelle objection, mais je m’impatiente et l’interromps d’une voix sans appel. Contente-toi de le faire. »

Après l’avoir hissée jusqu’au rez-de-chaussée, j’annonce mon départ et ignore leurs mines choquées. « Wilson, espèce de salopard, tu vas le laisser croupir ici? » Mon haussement d’épaules lui donne clairement des envies de meurtre. « J’ai les artefacts, les notes, les fioles et la femme, je n’ai aucune raison de m’attarder ici. Par ailleurs c’est l’occasion pour toi de faire tes preuves non? Tu vas aider cet incapable à se tirer de son trou et on racontera ton exploit pendant deux ou trois jours avant que l’histoire ne se tasse. Profite de ton moment de gloire. » Je lui lance un clin d’œil dont il ne goute pas la complicité, élève le corps emmailloté et quitte les lieux pour traverser la barrière.

Quelques heures plus tard, la pression de l’après-midi n’est déjà plus qu’un souvenir. J’explore les ruelles sous un ciel assombri. Les environs sont fantoches, désertés dès la tombée de la nuit. Elle semble lointaine, l’époque qui les voyait grouiller de monde à toutes heures, illuminés par l’éclat de lucioles séquestrées dans des prisons de verre. Les boules de lumière qui flottaient le long des routes ont été retirées et depuis, les sorciers se retirent de plus en plus tôt de peur de tomber sous la baguette d’un quelconque agresseur. Les temps sont rudes, les rumeurs de guerre persistent; notre monde peine à retrouver sa stabilité et l’impact des conflits se fait sentir en tous lieux. En sortant une cigarette et ma baguette pour l’allumer, je sens mon épaule me tirer et me rend compte que j’ai négligé de la soigner. Avec un froncement de sourcil, je repousse cette idée, agacé d’avance. Moi qui hurlais pour un semblant de plaie il y a quelques années seulement… la flamme qui nait du bout de bois dessine une ombre un peu plus loin, sur laquelle mes iris se portent par automatisme. Je fais mine de n’avoir rien vu, concentré sur ma tâche, mais je la guette du coin de l’œil. Elle s’approche. Faussement décontracté, je tourne la tête pour la fixer de face tandis qu’elle se fait moins flou, et nous nous retrouvons rapidement à proximité l’un de l’autre. Il ne me faut pas plus longtemps pour reconnaître Quinn Harper. « Parmi tous les imbéciles imbus d’eux-mêmes possible et imaginable, il a fallu que je tombe sur toi, je n’aurais pas espéré mieux. » Ses mots me renvoient étrangement à d’autres retrouvailles. Je me retrouve soudain dans la peau d’Emalee il y a quelques jours, alors qu’elle faisait les frais de mon accueil désagréable. Cette fois, Quinn fait de moi "l’indésirable" et me regarde avec hauteur ― façon de parler du moins. Je remarque au passage qu’elle tient fermement sa baguette, comme si elle me considérait comme un danger ou souhaitait au contraire m’intimider. Par pure bravade, je range tranquillement la mienne dans ma manche. Mon corps dégage une assurance que je sais faillible : si elle se décide à me lancer un sort, je serai bien mal barré. Et Merlin sait que cette fille en serait capable… j’ai eu un aperçu de ses talents à l’époque de Poudlard, et de sa hargne ces derniers mois en particulier. Pourquoi elle m’a pris en grippe, cela reste un mystère. Je me suis jusque-là borné à ne pas poser la question qui me taraude depuis longtemps et étrangement, sa colère à mon égard n’en semble que plus vive à chacune de nos rencontres. « En ce qui me concerne j’avais bel et bien osé espérer mieux. Je ne peux pas dire que ta vue égaille ma soirée, bien au contraire. Tu ne m’en voudras pas d’abréger ce tête-à-tête. » Je me décale, prêt à la contourner pour continuer mon chemin, mais elle semble décidée à prolonger notre rencontre et ne me laisse pas me défiler cette fois. La part prudente de moi-même répugne à lui tourner le dos : il y a des limites à l’inconscience. « C’est décevant de constater que tu es toujours en un seul morceau depuis le temps. Visiblement, mes souhaits n’ont pas été exaucés. » Mes yeux se plissent sous le poids de l’agacement, je m’oblige à rester de marbre. L’indifférence est la méthode pour laquelle j’ai choisi d’opter lorsqu’elle a démarré ce petit jeu, mais elle se plait à persévérer, et rester passif est de plus en plus frustrant. J’inspire et la quitte des yeux, mimant le détachement en lui servant une réponse laconique pour le moins passe-partout. « On n’a pas toujours ce qu’on veut. Je repose sur elle un œil critique, qui s’attarde bien malgré moi sur l’arme qu'elle pourrait lever contre moi. Il y a dans son port quelque chose de rigide et de las à la fois, quelque chose qui n’y était pas lorsque nous nous sommes rencontrés. Elle était discrète à l’époque, relativement impopulaire, mais non parce qu’elle inspirait le plus profond désintérêt. Son amertume vis-à-vis des autres constituait à mes yeux la barrière qui les séparait d’eux : poupée de glace aux traits impénétrables, elle impressionnait et faisait se détourner les regards aussi efficacement qu’Emalee les attirait. C’était ce qui m’avait intrigué, ce qui m’avait poussé à tout faire pour qu’elle devienne pour moi une sorte de « coéquipière », ce qui avait motivé notre apprentissage commun des pans les plus sombres de la magie, à l’insu de tous. Je ne comprends pas son acharnement à mon égard. Il me semble qu’elle a été claire quant à sa volonté de cesser toute relation entre nous, lorsqu’elle a choisi de boycotter nos rendez-vous. Tu as changé. Pas en bien, les années ne te gâtent pas et ton poste de garde-moufflets n’arrange visiblement pas les choses. Comment vont tes charmants élèves, Quinn? Pas trop lassés de ton caractère aigri? J’aurais détesté être à sa place, parqué dans une école alors que les luttes se déroulent ailleurs. Le Ministère a toujours été mon ambition et j’aurais eu du mal à me contenter d’un autre poste. Mais je ne sais rien de ses ambitions à elle et peut-être sa place lui plait-elle en réalité. J’avoue que je les plains. En plus de ne pas être un modèle d’amabilité et de patience tu as tout à revoir en matière de fiabilité, je n’ose imaginer ce qu’il adviendra d’eux lorsque tu te seras lassée de ton rôle. » Ce n’est aucunement fondé ou sincère. La rancœur perce simplement sous le détachement feint, et je me morigène déjà d’avoir ramené le passé sur le tapis. Mais contrairement à d’habitude, il n’y a rien autour de nous pour nous détourner du sujet de notre mésentente.


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C'est terrible, pardon T-T Je me rattraperai ♥





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Re: I could easily forgive your pride, if you had not mortified mine. -- Samaël

Message par Quinn Harper le Lun 23 Avr - 22:41

Je ne me faisais pas d’illusion, je savais que mes attaques couleraient sur lui comme l’eau sur le dos d’un canard. Comme toujours. Quelque part, j’admirais sa façon de rester stoïque face à mes assauts toujours plus agressifs les uns que les autres, sachant que moi, j’en serais incapable, que je prendrais le mors aux dents. Son absence de réaction ne m’arrêterait pas pour autant. Je voulais le faire réagir, je voulais qu’il hurle, qu’il frappe, qu’il m’afflige la colère que je lui faisais subir depuis des années maintenant. Cependant, cette absence de contrecoups m’agaçait et m’irritait bien plus que n’importe quoi d’autre. Je n’aimais pas avoir l’impression de me frotter à un mur à chaque fois, comme si, au final, je n’étais absolument rien, qu’un ombre sur un tableau. Peut-être y allais-je un peu fort avec lui, peut-être devrais-je simplement mettre de la distance entre le passer et le présent, prendre du recule, aller jusqu’à ignorer qu’il avait déjà fait partie de ma vie. Peut-être, rétorquèrent mes neurones à l’unisson, mais les choses n’étaient jamais aussi simple. Je savais que même si je laisser l’eau coulée sous les ponts, je n’arriverais pas à prendre le recule que je désirais alors que je ne cessais de faire ce sale cauchemar qui me collait à la peau depuis trop de temps déjà. J’avais cru pouvoir oublier, je m’étais lourdement trompée sur ce coup-là. Chaque fois que je m’éveillais au milieu de la nuit, les sens en alerte, le cerveau hors circuit et la terreur me collant à la peau, je m’en voulais d’être aussi vulnérable, aussi faible et ma rancœur envers ceux qui furent jadis mes proches ne faisait qu’augmenter un peu plus, sans que je ne puisse la refréner.

Mes doigts étaient toujours crispés sur le bois de ma baguette, alors qu’il rangeait la sienne, comme s’il ne craignait aucune attaque de ma part. Bien que je ne fusse pas dupe, Samaël me connaissait suffisamment pour savoir que je n’hésiterais pas à lui lancer le premier sort qui me venait à l’esprit si l’envie me prenait. Je ne pouvais m’empêcher de trouver son geste inconscient, sa bravoure ridicule. Mon regard sombre toisait l’ex-serpentard, malgré ma taille modeste, qu’il était bien plus grand que moi, je le regardais de haut, dans l’espoir vague de l’intimidé. Ça marchait avec la plupart des gens, je doutais que ce soit le cas avec Samaël. « En ce qui me concerne, j’avais bel et bien osé espérer mieux. Je ne peux pas dire que ta vue égaye ma soirée, bien au contraire. Tu ne m’en voudras pas d’abréger ce tête-à-tête. » Je ne rétorque rien, qu’il part si bon lui chante, ça ne m’empêche de lui lancer une dernière pique cinglante, croisant son regard pour ce que je crois être la dernière fois. Il m’est facile de voir l’agacement dans le fond de ses yeux, malgré qu’il se cache derrière le masque de l’indifférence. Combien de fois avais-je joué cette carte moi aussi? Souvent, trop souvent. « On n’a pas toujours ce qu’on veut.»Je lui offris un sourire éclatant, tout en fausseté. À sa place, je ne parierais pas là-dessus. Il était rare que je n’obtienne pas ce que je désirais, je savais arriver à mes fins et si j’avais envie de le faire souffrir, je le ferais avec plaisir, sans aucun remords, sans malaise. Je n’étais pas reconnue pour être aimable, compatissante ou je ne sais quelle autre connerie, ni pour être douée pour lire entre les lignes, Samaël devait le savoir et prononcé une telle phrase, c’était se mettre sur la corde raide.

Pendant un long moment, je le laissai me détailler de la tête au pied, avisant son coup d’œil plus long que nécessaire sur ma baguette à demi levée vers lui. Je relâchais un peu la pression de mes doigts sur le bois ouvragé, mais ne baissai pas totalement ma baguette non plus. J’attendais ses prochaines paroles comme ces idiots de croyant attendent le Messie. Quelques choses me disaient que cette fois-ci ne serait pas identique aux autres, qu’il n’allait pas très longtemps me laisser l’agresser sans répliquer encore et encore jusqu’à la fin de nos misérables vies. « Tu as changé. Pas en bien, les années ne te gâtent pas et ton poste de garde-moufflets n’arrange visiblement pas les choses. Comment vont tes charmants élèves, Quinn? Pas trop lassés de ton caractère aigri? » Au moins, je pouvais dire que je me bougeais pour faire changer le monde magique, que je ne restais pas là à regarder les autres bosser et former les prochaines générations alors que je me tournais les pouces dans mon coin. Qu’en est-il de tes collègues, Wilson? Le taux de suicide n’a pas doublé au ministère depuis qu’ils t’ont dans leurs pattes? Pas trop désespéré par ton impertinence démesurée? » J’inclinai doucement la tête, un sourire mauvais flottant sur mes lèvres, mais je ne laissais pas paraître ma joie de le voir enfin réagir un peu. Il ne faisait pas que passe son chemin et m’ignorer, non il jouait avec moi. Ça me plaisait ainsi, c’était moins frustrant que de s’acharner sur un bout de bois mort. Ce n’était qu’un début, mais un bon début. Je fis tournoyer ma baguette entre mes doigts dans un geste mécanique, sans vraiment m’en rendre compte. « J’avoue que je les plains. En plus de ne pas être un modèle d’amabilité et de patience, tu as tout à revoir en matière de fiabilité, je n’ose imaginer ce qu’il adviendra d’eux lorsque tu te seras lassée de ton rôle. » Ma baguette se figea, la pointe vers le bas. Ses paroles venaient de toucher un point sensible, le problème de toute cette petite guerre. Ma fiabilité? Riait-il de moi? Mes yeux s’assombrirent lorsque je les reposais sur lui, mes doigts se crispant de nouveau sur le bois de mon arme. Quand bien même avait-il mal prit ma désertassions, c’était bien mal me connaître de m’attaquer sur ma fiabilité, moi qui n’avait jamais faillit là-dessus si ce n’était par obligation. Je m’obligeai à me rappeler que Samaël ne connaissait pas toute l’histoire, qu’il ignorait les faits et qu’il ne se basait que sur sa perception. Une partie de mon être réclamait de tout lui expliquer clairement ce qui c’était passé, l’autre me suppliait de lui remettre la monnaie de sa pièce. Et ce fut cette option que je choisis. « Ils t’ont déjà trouver un remplaçant, dis-moi? Parce que le jour où les choses n’iront pas comme tu le souhaiterais, où ils auront besoin de toi, dans ta grande bonté d’âme et ta compassion exemplaire, tu risque de les laisser se démerder tout seul sans poser la moindre question. » Cette fois-ci mon ton avait été plus dure, laissant transparaître une colère froide. Je fis un pas vers lui, me cassant le coup pour ne pas le quitter des yeux, le regardant avec une hargne renouvelé qu’il ne comprendrait sans doute pas, j’en étais certaine. « Parce que c’est ce que tu fais te mieux, n’est-ce pas? Ignorer les problèmes des autres et croire que tu es le centre du monde. » Crachais-je dans un souffle, sans la moindre pitié.

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Re: I could easily forgive your pride, if you had not mortified mine. -- Samaël

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