Duane - Sacrifice
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Duane - Sacrifice
Duane Cleveland
poste vacant; personnage inventé
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Le moldu
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PSEUDO - Criquy AGE - 21 ans AVATAR - Michael Fassbender COMMENT AVEZ-VOUS CONNU CE FORUM ? Via un troll PRESENCE - 7/7 PARRAINAGE - Oui [] Non [X] COMMENTAIRES ? Vous avez le droit de baver! |
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Duane Cleveland- ♦ HIBOUX POSTÉS : 221
♦ ARRIVÉE : 24/09/2010
Re: Duane - Sacrifice
Chapitre premier
Arèsius et Calypso Cleveland sont heureux de vous informer de la naissance de leur premier enfant. Le petit garçon est né le 15 mars et se voit déjà ravi de faire partie de la prestigieuse famille des Cleveland. La mère se porte bien, et …
La femme n’acheva pas sa lecture. Elle passa le faire-part à son époux en le considérant d’un regard impassible. Lorsque celui-ci eut posé le courrier sur la table basse, il l’observa à son tour. Le silence qui suivait la lecture de cette nouvelle se prolongea. Puis, soudain, la femme sembla s’animer. D’un regard dédaigneux, elle désigna le faire part.
« Je commençais à croire que cette potiche ne lui ferait jamais d’enfant! »
« Ne soit pas si dure voyons … Nous l’avons, notre héritier. »
La femme renifla bruyamment en signe de désapprobation. Elle se leva, fit le tour du sofa et s’arrêta devant une petite commode ouvragée. Elle laissa glisser ses doigts sur le cadre d’une photo où s’animait un enfant rieur aux yeux transpirant la malice.
« Espérons qu’il nous donnera moins de fil à retordre que son cousin … Nous le surveillerons de près ce garçon … Quel est son nom déjà? »
L’homme soupira. Son épouse n’avait même pas pris le temps de s’informer du nom de leur petit fils. Si elle avait pris le temps de lire la fin du faire-part, elle aurait su que le nouveau né portait un prénom sans équivoque.
« Duane … Surement un choix de Calypso, cette femme est folle.»
N’importe qui se serait arrêté net devant ce mur imposant. Il y avait bien quelques branchages pour aider à l’escalader, mais rien de vraiment évident. Pourtant, cela ne constitua pas un obstacle majeur pour Duane, qui l’avait escaladé si souvent qu’il aurait pu le faire les yeux fermés. En haut, il n’eut qu’à pousser la fenêtre qu’il avait volontairement laissée entrouverte en partant. Ce fut un jeu d’enfant d’enjamber la lucarne puis de se laisser tomber sur le sol. Il était rentré, ni vu ni connu, et personne ne connaîtrait jamais rien de ses petites escapades.
« Où étais-tu? »
En écho à la voix trainante, une lumière vint éclairer la pièce. Elle émanait d’un fin morceau de bois qu’une femme aux airs sombres tenait entre ses doigts. Duane avala sa salive avec peine. Le ton de sa mère était sans équivoque, et ce n’était pas le moment de jouer au héro.
« Dehors. »
Sa petite voix fluette fut immédiatement suivi d’un grognement dédaigneux. Calypso détestait qu’on joue au plus malin avec elle. En bonne mère attentive, elle aurait pu essayer de lui tirer les vers du nez avec diplomatie et délicatesse; mais elle était très loin d’avoir suivi les cours de maternité adéquates pour cela. En quelques pas, elle eut rejoins son fils, qu’elle saisit par le col de la chemise en le transperçant de son habituel regard sauvage.
« Puisque tu aimes tant que ça être dehors … » Elle laissait volontiers trainer les fins de ses phrases, et cela lui donnait un air cruellement cynique. Duane aurait voulu soutenir le regard de sa démente de mère, mais la peur le paralysait. Il avait souvent été le spectateur de la folie de sa génitrice, et il savait trop bien ce que cela en coûtait de lui tenir tête. Alors, dans un espoir fou de faire oublier ses griefs, il baissa les yeux en signe de reddition. Il ne savait pas à quoi s’attendre, Calypso laissait rarement quiconque prédire ses actes. Elle était cruelle et impulsive par nature, et semblait tirer un certain plaisir à être détestée. Au moment où il s’attendait à être frappé, elle eut un rire sec, presque un grognement, puis elle lui tapota la tête. Ce n’était pas un geste vraiment affectueux, mais c’était ce qui s’en rapprochait sans doute le plus la concernant. « Bon garçon! » Duane avait fermé les yeux en imaginant la sentence arriver, et lorsqu’il les rouvrit, ce fut pour voir germer un sourire affable sur les lèvres de sa mère. Il cligna plusieurs fois des paupières, ayant du mal à comprendre la grâce qui lui était accordée. Mais sa génitrice lui apporta rapidement une réponse, de sa voix trop mielleuse pour être crédible.
« Maintenant, dis moi exactement où tu étais et pourquoi prendre la peine de partir ainsi en douce? »
Il n’y avait pas de bonne réponse à ces questions. Mentir n’était pas envisageable, car elle le sentirait à coup sûr. Et dire la vérité revenait à signer son arrêt de mort. Duane avait-il seulement le courage nécessaire? A moins qu’elle ne le surprenne à nouveau en récompensant son honnêteté? Il y avait de quoi en douter, surtout aux vues de ce que la vérité signifiait.
« J’étais allé retrouvé un ami. » Cette simple déclaration fit tiquer Calypso, dont le sourire se figea en une expression crispée très peu rassurante. Savait-elle seulement ce que sous-entendait le mot « ami »? Pour elle, il ne s’agissait là que d’une perte de temps, mais elle ne donna pas tout de suite son point de vue, attendant que son fils daigne répondre à la totalité de ses questions. « Et je ne vous en ai pas parlé parce qu’il s’agit d’un moldu … » Les yeux de Calypso sortirent de leurs orbites, tant elle était ulcérée par la révélation. Elle ne proféra aucune menace, aucune remontrance, elle se contenta de soulever son fils du sol et de l’envoyer d’un geste vif par delà la fenêtre.
Quand il sortit de chez lui, ce matin là, ce fut pour exhiber son œil au beurre noir tout nouvellement acquis. Le regard baissé, la mine grave, il suivit en silence le petit chemin qui sillonnait à travers les bois pour rejoindre le village. C’était la première fois qu’il profitait d’un peu d’air pur depuis deux mois. Le mois suivant la révélation de son amitié avec un moldu de son âge, Duane avait subi diverses tortures, autant psychologiques que physiques. Sa mère mettait un point d’honneur à faire les choses dans les règles, elle cultivait l’art de la torture bien faite. Duane l’excusait volontiers, totalement folle qu’elle était. Mais pour son père, c’était une autre paire de manches. Lui n’avait pas la moindre circonstances atténuantes pour le traiter comme il le faisait. C’était un homme cynique mais intelligent. La façon dont il torturait son fils ne supportait aucun égal. Et ses décisions n’étaient rien d’autre que le fruit d’une minutieuse réflexion. C’était en son âme et conscience qu’il avait choisi d’infliger d’horribles sévices à son fils unique. Et en cela, Duane ne lui pardonnerait jamais. Le fait qu’il lui ait fallu un mois complet pour récupérer de ces tourments n’était pas étranger aux ressentiments que nourrissait désormais le garçon. Et le pire dans tout ça? Il n’avait rien de plus à afficher qu’un ridicule hématome autour de l’œil! Personne au village ne pourrait imaginer ce qu’il avait enduré.
Shootant dans un caillou pour faire passer sa rage, Duane fut surpris d’entendre un gémissement. Levant les yeux, il compris qu’il avait un peu trop bien visé et qu’il n’était pas le seul à emprunter ce chemin sinueux. Malheureusement pour lui, il avait affaire à la dernière personne qu’il voulait rencontrer.
« Tu pourrais faire un peu attention! Qu’est-ce qui t’es arrivé? C’est pour ça que tu te terres chez toi depuis deux mois? »
Le garçon était un peu trop curieux à son goût. D’autant que toutes ses blessures, internes et externes, il les lui devait à lui. Duane n’avait pas envie de lui répondre, pas plus qu’il n’avait envie de se montrer réellement méchant avec lui. Et pourtant c’était tout ce qu‘il avait à faire.
« Occupes toi de tes affaires! Trainer avec un looser comme toi, c’est vraiment plus pour moi! »
D’un coup d’épaule, il le dégagea de son chemin, pour reprendre sa route comme si de rien n’était. Le garçon ne le suivit pas, il ne chercha pas non plus à avoir d’explications. C’était donc ainsi que ce terminerait leur amitié. Une larme passa la barrière de ses yeux et coula lentement sur sa joue. Il ne la chassa pas, mais poursuivit calmement son chemin sans se trahir.
« Tu lui as encore parlé!!
- Oui père, mais…
- Non! Ca suffit! Je ne te laisserais pas salir le nom des Cleveland plus longtemps! Nous quitterons cette maison dès demain! »
La fête annuelle des Cleveland était souvent d’un ennui mortel pour les adultes. Il n’était question que de courbettes, de discussions politiques et de fausses politesses. Mais pour les enfants, c’était l’occasion de voir d’autres personnes de leur âge, avec qui ils partageaient, en plus du sang, la même innocence. Duane avaient connu des jours sombres, mais il conservait une âme d’enfant, et à ce titre il était en admiration complète devant son cousin, Herven, de quatre ans son aîné. Il allait avoir 15 ans et s’apprêtait à suivre sa seconde année à Poudlard. Mais déjà, son comportement ne présageait rien de bon. Il s’était lié d’amitié avec des élèves peu fréquentables, et ils donnaient du fil à retordre à tous les membres du personnel de l’Ecole. Du haut de ses 11 ans, Duane le regardait avec admiration et lui enviait son courage et son mépris des règles établies. Lui-même se sentait très peu capable d’en faire autant. Et lorsqu’il osa le confier à son cousin, celui-ci prit sur lui de commencer sur le champs à faire son éducation dans ce domaine.
« Tu vois c’que j’vois là bas? Une Cassandra particulièrement exaspérante qui pense qu’avoir enfin l’âge d’entrer à Poudlard lui donne la moindre importance aux yeux du monde! Très cher cousin, je te charge de lui faire ravaler son insupportable sourire avant la fin de l’après midi! »
L’air ravi, il sourit de toutes ses dents devant un Duane perplexe. Cassandra était leur cousine et elle avait beau être une vraie pimbêche, Duane n’aurait jamais osé lui faire le moindre tort en présence d’autant de Cleveland. Mais il dut revoir ses prévisions lorsque, ayant remarqué leurs regards conspirateurs, elle s’approcha d’eux et entama sur un ton précieux:
« Qu’est-ce que vous mijotez encore tous les deux? Duane, mon cher cousin, tu devrais vraiment revoir tes fréquentations! Quand tu seras à Poudlard, il sera trop tard pour lâcher ce rebus et entrer dans mes bonnes grâces! »
C’était décidé, il allait lui faire ravaler son « insupportable sourire » et ce dans les plus brefs délais. Quelle peste elle faisait, à se croire si supérieure! Elle était le parfait stéréotype du serpentard, pour autant que Duane en ait entendu parler -et étant donné les inclinations de sa famille, il en avait vraiment beaucoup entendu parler. La remettre à sa place ne reviendrait pas seulement à obéir à son cousin, mais serait sa bonne action du jour!
Sans perdre un instant, Duane entraîna son cousin à l’intérieur du manoir familial, sans prêter plus d’attention qu’elle ne le méritait à Cassandra. Une fois à l’abris des regards et des oreilles indiscrets, Duane confia son plan à demi-mot.
« Qu’est-ce que Cassandra exècre par-dessus tout selon toi? » La flamme qui dansait dans ses yeux prouvait qu’il connaissait déjà la réponse. Herven le dévisagea avec fierté. Les deux cousins échangèrent un sourire malicieux, avant de partir chacun de leur côté.
A peine vingt minutes plus tard, Cassandra, suivi par Duane, désireux de lui montrer quelque chose à l’intérieur, passa la porte du salon. Mais au moment où un paquet d’aspect étrange quittait son nid au sommet de la porte, Duane se ravisa. En quelques secondes, des dizaines de pensées se bousculèrent dans son esprit. Le bien et le mal se disputaient la suprématie dans sa tête. Mais ce fut le manque de temps qui le força à réagir. Alors que la bombe à eau était à deux doigts de submerger Cassandra, Duane s’élança en avant et poussa sa cousine de la trajectoire du projectile. Il s’attendait vraiment à être mouillé de la tête aux pieds, et lorsqu’il leva les yeux pour aviser de la situation, il ne put que constater le miracle. Le ballon de baudruche s’était arrêté à quelque centimètres du sommet de son crâne. Dans le salon, Herven écarquillait de grands yeux ronds tandis que, se relevant péniblement, Cassandra tourna vers lui un regard à chemin entre la hargne et la stupéfaction. Alerté par le cri que Cassandra avait émit avant de tomber lourdement sur le sol, quelques adultes se précipitèrent à l’intérieur. Ils purent constater, avec la plus grande joie et une immense fierté, que Duane avait enfin montré ses premiers dons magiques.
Depuis qu’ils avaient emménagés dans leur maison secondaire, Arèsius et Calypso n’avaient pas permis à leur fils d’avoir la moindre interaction sociale. Duane se réfugia donc tout naturellement dans les livres, qui lui permirent de découvrir tout un monde qu’il ne soupçonnait pas. Il développa aussi une attention accrue pour tout ce qui l’entourait, prêtant de l’importance au moindre objet susceptible de le sortir un tant soit peu de son ennui. Mais la visite imminente de voisins sorciers au sang pur semblait devoir marquer un tournant dans la dynamique des Cleveland.
Dès qu’il entendit la porte d’entrée s’ouvrir, Duane suspendit sa lecture du très salué livre de Magnolia Tarabusque, Dons et pouvoirs magiques dans l’histoire des sang purs. Il redressa le menton, l’oreille à l’affut du moindre indice. Les voix familières de ses parents lui parvinrent, et il put reconnaître à leur timbre les salutations et courbettes de rigueur. D’autres voix se mêlèrent à la danse, sans doute celles de leurs invités. Duane ferma sèchement son livre en soupirant. Ce souper allait être d’un ennui mortel. Le plus lentement possible, il quitta le petit salon où il se trouvait et descendit les escaliers de marbre gris en trainant des pieds. Ses parents avaient certainement emmenés les invités dans le grand salon du rez-de-chaussée puisque l’entrée était désormais déserte. Non sans un nouveau soupir, le garçon se dirigea vers la source des brides de conversation qui lui parvenaient. Lorsqu’il passa l’arche du salon, il surprit son père en grande conversation avec un homme à la carrure impressionnante, tous deux à l’écart du reste du groupe. En effet, sa mère était installée sur le sofa et échangeait quelques banalités avec une femme assise à ses côtés. Avec elles se trouvait une petite fille qui semblait occupée à contempler ce qui l’entourait. Duane eut un pincement au cœur. Ses parents avaient-ils organisé cette rencontre afin de le pousser à fréquenter des enfants de son milieux? Si tel était le cas, il n’était pas question qu’il suive leur dessein sans rechigner! Il avait découvert dans des livres la notion de libre arbitre, et il comptait bien faire valoir le sien.
« Quel charmant garçon! Votre fils j’imagine. »
Duane fut surpris par la clarté et la pureté de cette voix qui s’était élevée parmi toutes. Il avait toujours cru que les femmes de sang pur s’exprimaient comme celles de sa famille, avec aigreur et sévérité. D’ailleurs la réponse de sa mère le lui rappela, entraînant un contraste saisissant avec la voix douce de son interlocutrice.
« Oui, en effet. Viens donc te présenter, malpoli. »
C’était la première fois que Duane l’entendait le réprimander avec légèreté, et cela lui fit presque froid dans le dos. Restant sur ses gardes, il ne s’en approcha pas moins, curieux à la vue de ces sang purs qui ne semblaient pas totalement partager leurs mœurs. Existait-il donc différentes coutumes au sein même de cette communauté? Tout à son questionnement, il salua brièvement mais poliment la femme qui le dévorait littéralement du regard. Il salua ensuite sa fille, qui le regardait, elle, avec de petits yeux curieux.
« Je m’appelle Kristinna, et toi? »
Sa voix était claire, comme celle de sa mère, mais elle était accompagnée d’une candeur toute enfantine. Duane ne savait pas quoi penser de cette fillette. A vrai dire, il ne savait pas le moins du monde comment se comporter face à une enfant de son âge. Il était très inexpérimenté, et cela se vit sans doute au temps qu’il mit à répondre et à sa façon hésitante de le faire.
« Duane … je m’appelle Duane. Enchanté Kristinna. »
Elle lui tendit la main en se levant du sofa. Il sentait les regards inquisiteurs tournés vers eux. Même leurs pères avaient arrêtés de parler pour assister à ce qui devait être à leurs yeux une sorte de rite de passage. Duane prit la main de la fillette, gêné, et la baisa délicatement. Lorsqu’il se redressa, il tomba sur son regard amusé mais épuré de toute méchanceté. Alors qu’il allait lui lâcher la main, elle serra la sienne de plus belle avant de l’entraîner à sa suite hors du salon. Elle courait au hasard, leur faisant monter les escaliers, et Duane comprit qu’il était temps qu’il reprenne les reines. La retenant, il les fit bifurquer et ouvrit à la volée la porte de sa chambre pour qu’ils s’y réfugient. Haletant mais ravis, ils partagèrent un regard qui se passait de tout commentaire.
« J’ai cru que j’allais étouffer là bas!
- Je sais, ça fait des années que j’étouffe. »
« Vous savez ce qui se dit sur le couloir interdit? »
Pour toute réponse à la demande, il eut une série de yeux ronds et interrogateur. Duane observait la scène depuis quelques minutes, de loin et en silence. Il était sans doute un brin trop observateur pour un garçon de son âge, mais c’était plus fort que lui, il avait besoin de jauger d’abord la situation avant de se mêler à un groupe ou à une discussion. Il préférait qu’on ne prête pas attention à sa présence, afin de pouvoir se faire remarquer au moment critique et attirer ainsi l’admiration sur lui. C’était précisément ce qu’il comptait faire avec ces quelques élèves qui pensaient discuter à l’abris des oreilles dans un coin de la salle commune. Comme lui, ils venaient d’arriver à Poudlard et ils semblaient tous beaucoup s’intéresser aux histoires qui circulaient sur son compte. Ce n’était pas bien étonnant, mais autant de curiosité et d’ignorance à la fois amusait Duane.
« Il parait que le directeur cache là bas des immondices, des objets et créatures magiques en tous genres qui sont formellement interdits par le ministère. »
Duane dut se retenir pour ne pas éclater de rire et révéler ainsi sa présence. Enfoncé dans un fauteuil, il tentait de garder son calme malgré le tournant ridicule que s’apprêtait à prendre la conversation. Il ramena ses genoux contre son buste et posa ses lèvres sur eux pour s’empêcher de pouffer. Comment pouvait-on avoir 14 ans et être aussi naïf? Duane avait vraiment du mal à assimiler que tous n’avaient pas subi la même éducation que lui.
« - Quoi comme objets?
- Tu crois qu’il pourrait y avoir une licorne cachée dans ce couloir? »
Cette fois ci, Duane eut du mal à ce contenir. La voix douce et innocente qui avait prononcé ces mots devait à coup sûr appartenir à une idiote finie! Comment Duane pouvait-il se retrouver dans la même maison que cette imbécile? S’ils continuaient tous à sortir des énormités, il allait finir par mal le prendre!
« Oh il y a bien plus que ça là bas, crois moi! Personne n’a jamais réussi à passer la porte scellée par une série de maléfices hautement perfectionnés! Et un dragon se trouverait juste derrière pour empêcher quiconque d’aller plus loin! »
« Mais alors, si personne n’y est jamais allé, comment se fait-il que tu saches tout ça? »
Duane se leva de son siège et se rapprocha des élèves surpris par son intervention. Ils le regardaient tous avec des expressions variés, allant de l’acquiescement à l’hébétement. Le conteur lui, sembla chercher ses mots. Il ouvrit plusieurs fois la bouche mais se ravisa à chaque fois, sans qu’aucun son n’ait le temps de filtrer. Duane venait de marquer son premier point à Poudlard, et il leur laisserait le temps de méditer là-dessus. La seconde fille du petit groupe lui lançait un regard sans équivoque, et semblait brûler du désir de lui parler. Lorsqu’il le réalisa, il lui lança un sourire flatté et flatteur, auquel elle répondit par un rougissement et une moue comblés. Rectification: Duane venait de marquer ses deux premiers points.
Allongé sur son lit, les bras croisés sous sa nuque, Duane songeait aux milliers de vies perdues dans la recherche folle d’un idéal. Il se demandait pourquoi les gens étaient prêts à tout risquer pour changer les choses, ce que ça leur apportait vraiment au final… La société était pourrie jusqu’à la moelle, pourquoi vouloir la changer? C’était aux bases qu’il fallait s’attaquer, il convenait de tout reprendre à la source pour tout reconstruire. Mais si les changements étaient perçus comme de bonnes choses par la plupart des gens -exceptés ceux à qui la société offrait déjà tout- il était souvent moins bienvenu de chercher une reconstruction totale. Que penser de ça? Est-ce que tout le monde sans exception se complaisait de la situation actuelle?
La porte de son dortoir s’ouvrit, tirant Duane de ses réflexions. Il vit bientôt le visage malicieux de Kristinna se pencher au dessus de lui. Que venait-elle faire là? Elle semblait aimer désobéir aux règles quand elles n’étaient pas avantageuses pour elle. Oserait-il un jour lui faire réellement part de ses croyances et doutes les plus profonds?
« Encore en train de rêvasser? »
Elle posa ses lèvres sur les siennes en une caresse voluptueuse qui fit s’envoler toutes les questions que se posait Duane en son for intérieur. Comment pouvait-on décemment penser à un autre monde lorsque celui-ci vous offrait un tel joyau? Les deux amis d’enfance s’étaient officialisés au début de leur seconde année, après s’être rapprochés pendant les vacances d’été, pour le plus grand bonheur de leurs familles respectives. Duane savait pertinemment qu’il ne faisait qu’obéir aux volontés de ses parents et de ceux de Kristinna dont les efforts avaient finis par payer. Mais il ne voyait pas les choses sous cet angle là, du moins il essayait. Il ne cessait de se répéter sincèrement qu’il avait choisi Kristinna, qu’elle n’était pas n’importe qui et que, d’ailleurs, il n’aurait pas suffit de lui mettre n’importe qui sous le nez, ce jour là dans le grand salon, pour qu’il en tombe sous le charme.
« De toi, comme d’habitude. »
Elle eut à peine le temps de répliquer par un sourire sardonique qu’il attrapa sa nuque pour forcer leurs bouches à se mêler de nouveau, approfondissant en un instant le baiser. Il aimait ces moments, il s’y accrochait même de toutes ses forces, car lorsque Kristinna était prêt de lui, ses doutes s’évaporaient. Libérés de ceux-ci, il avait le sentiment de pouvoir tout entreprendre.
Et cette impression ne le quitta pas, quand bien même la jeune fille prit un peu de recul. Et s’il présumait que sa mine sombre ne supposait rien de bon, il n’arrivait pas vraiment à s’inquiéter. La seule chose qui lui trottait en tête, c’était que Kris lui cachait quelque chose. Duane en attendait certainement trop, dans n’importe quel domaine, et voir sa petite amie se comporter comme s’ils n’étaient que des amis avait tendance à l’agacer. Avant de se mettre ensemble, il leur arrivait de se tourner autour, de se chercher, et de faire des allusions. Ce nouveau stade de leur relation, Duane l’avait attendu longtemps, et il n’arrivait pas à s’en satisfaire. Mis à part les baisers, les choses restaient ce qu‘elles avaient toujours été. Alors comment devait-il l’interpréter?
« Betsy m’a demandé de venir avec elle à Près-au-lard ce week-end. Je lui ai dis oui, mais qu’elle n’aille pas croire que ça fait de moi son amie pour autant. »
Duane grimaça. Il avait espéré pouvoir partager cette sortie avec elle. De toute évidence, ils n’attendaient pas les même choses l’un de l’autre. Et pourtant Duane ne pouvait pas s’empêcher d’espérer. Il n’imaginait pas que leur relation aille dans le mur. Ce n’était pas tout à fait ce qu’il voulait, mais au moins Kristinna était à ses côtés de manière non équivoque. C’était une façon comme une autre de la protéger et de s’assurer qu’un autre ne viendrait pas marcher sur ses plates-bandes.
« Betsy est une idiote, elle se fera de fausses idées et après tu auras un mal fou à t’en débarrasser. » Kris le regarda avec sévérité, comme s’il venait de l’insulter. « Tu ne me crois pas capable de lui faire comprendre les choses? » Son visage s’assombrit alors qu’il rétorqua: « Je crois surtout que tu es toi-même une idiote si tu penses de cette façon. » Les mots étaient sortis sans qu’il y prenne garde. Il était pourtant plus attentif d’ordinaire. Les yeux de sa petite amie lui lancèrent des éclairs. « J’avais oublié que Monsieur Duane était plus intelligent que tout le monde et qu’il avait toujours raison, sauf lorsque son papa hausse la voix et qu’il redevient un petit garçon! » L’attaque était basse, très basse. Même sans qu’il ne lui en ait jamais vraiment parler, Kristinna ne pouvait pas ignorer la relation conflictuelle qu’il entretenait avec son géniteur, ni à quel point il le haïssait. Ce fut plus fort que lui, sa main attrapa rapidement et sèchement le cou de la jeune fille. En quelques secondes, son regard s’était transfiguré.
« Tu ignores de quoi tu parles, tu ignores tout! »
Le visage de Kristina se figea l’espace d’un instant, et Duane prit conscience de la situation. Horrifié par son geste, il lâcha brusquement la jeune fille, qui porta ses mains à sa tête avec désarroi. Elle regardait désormais Duane l’air hébété. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche pour s’exprimer, mais aucun son ne parvint à en sortir. Jusqu’à ce que… « Je … je … Duane c’est horrible, je n’arrive plus à … » Les larmes lui montèrent aux yeux et Duane réalisa sa confusion. C’était comme si elle était incapable de s’exprimer correctement. Sa détresse était flagrante, cela troubla Duane qui peinait à comprendre ce qu’il lui arrivait. « Kris?! Parle moi, qu’est-ce qui se passe? » Elle ferma les yeux en se tenant la tête comme si elle souffrait le martyr. « Je ne sais pas, je … il y a tellement de choses dans ma tête, mais ça n’a aucun sens … J’ai mal. » Elle pleurait mais il était impossible de savoir si elle-même savait pourquoi. Elle donnait l’impression à Duane d’avoir perdu la tête, comme si … La cause de tout ceci le foudroya de plein fouet. Il en avait lu suffisamment là-dessus, mais il ne pensait pas être capable de le faire. Sans se poser davantage de questions, il appliqua tendrement ses mains sur le visage de Kristanna, qui semblait totalement perdue. « Tout va bien, ne t’inquiètes pas. Oublie ce que je viens de te dire, que tout redevienne normal. Je suis désolé. » Tandis qu’elle reprenait ses esprits, Duane déposa un baiser désolé sur ses lèvres. Il était horrifié par ce qu’il venait de faire, et les paroles blessantes de Kristinna n’avaient plus le moindre importance. Il venait de jouer avec sa volonté, il le comprenait parfaitement alors qu’elle retrouvait des couleurs et son habituel air sceptique. En un instant, il avait réussi à la persuader qu’elle ignorait tout et, de ce fait, il lui était devenu impossible d’ordonner ses pensées, d’avoir accès à des pans entiers de sa mémoire. C’était horrible et fascinant à la fois. Même si Duane ne voyait pour l’heure que le mal qu’il venait de faire à celle qu’il aimait.
Le château était en effervescence. Un bal se préparait et occupait tous les esprits, ou presque. La plupart des filles étaient naturellement plus enthousiastes que les mâles fiers et virils du château. Duane savait bien qu’il s’agissait là d’une question d’éducation, de conditionnement même, mais il ne pouvait s’empêcher de le noter avec amusement. Voir toutes ces demoiselles préoccupées par leur tenue ou leur cavalier était un spectacle des plus plaisants. D’ailleurs, en parlant de cavalier, Duane avait d’ors-et-déjà reçu plusieurs invitations, que ce soit de vive voix ou par courrier. Depuis sa première année à Poudlard, il avait toujours bénéficié d’une certaine popularité auprès de la gente féminine. Certains l’enviaient ou le jalousaient pour cet état de faits, mais ils devraient plutôt se remettre en question. Tout ce que Duane était à Poudlard, il ne le devait qu’à lui-même. Il lui avait fallu beaucoup de temps et d’acharnement pour se construire aux yeux des autres. Et c’était un défis de chaque instant que de conserver la couverture sous laquelle il cachait son véritable caractère et ses sentiments. N’importe quel personne de sa connaissance le tenait pour quelqu’un de serviable, honnête, entêté parfois, mais toujours agréable. Il n’y avait aucun faux plis dans l’apparence qu’il arborait. Ses impatiences et ses doutes, ses peines et ses larmes, ses passions et ses déchirements, il les gardait enfouis au plus profond de lui-même.
« Duane dépêche toi, on va être en retard et toutes les tables seront prises! »
Après réflexion, Duane s’était dis que le meilleur moyen de ne désoler aucune de ses fans était d’aller au bal avec la personne qu’il connaissait depuis le plus longtemps et dont elles n’auraient a priori rien à craindre: Kristinna. Ce qu’elles ignoraient, c’était que le passé qui les unissait rendait la jeune fille très importante aux yeux de Duane. Il n’y avait qu’avec elle qu’il n’était pas obligé de se forcer à être gentil, et qu’il se permettait d’être lui-même. Mais elle était liée à ce monde qu’il détestait tant, son monde, et cela posait parfois problème. Quoiqu’il en soit, il ne l’aurait laissé aller au bal avec un autre pour rien au monde. Son côté possessif et protecteur ne se manifestait que lorsqu’elle était en cause. Lui tendant le bras, il l’inonda de pensées rassurantes lorsqu’elle le saisit. Il n’avait jamais recouru à son don sur elle, il n’en avait jamais eu besoin jusque là. Il préférait la voir agir selon sa conscience et si cela l’inquiétait ou l’énervait, il usait de chemins détournés pour arriver à ses fins et, au final, la protéger.
Il semblait qu’ils allaient restés assis tout le long de la soirée. Kristinna voulait certainement danser, mais lui était trop occupé à tout analyser pour y prêter attention. Il avait beau se soucier d’elle plus que de personne, son égoïsme était plus grand encore. Il n’était pas dans sa compétence de nier sa propre existence pour faire passer quiconque en priorité. Il lui arrivait de faire semblant, mais c’était au final pour son seul compte personnel.
Les portes de la Grande Salle s’ouvrirent avec fracas, laissant apparaître une sinistre bande d’encapuchonnés. Un éclair rouge fusa avant que quiconque ait le temps de comprendre ce qu’il leur arrivait. Le chanteur des Blackbirds fit nettement moins le malin, frappé à l’épaule. L’enthousiasme et la gaité firent place à l’hystérie et à l’incompréhension. Les élèves s’agitèrent, certains sacrifiant à l’odieux rituel des cris et lamentations. Duane ferma un instant les yeux, se nourrissant de toutes les peurs qu’il sentait s’élever dans la salle. Lorsqu’il rouvrit les yeux, ce fut décidé à exécuter son rôle dans l’affaire. Lorsqu’il tourna les yeux vers Kristinna, celle-ci n’était plus là, et si Duane sentit l’inquiétude lui monter au ventre, il tenta de ne pas s’en formaliser afin de faire ce qu’il avait à faire. S’éclipsant de la salle où avait débuté l’assaut, Duane suivit à la lettre les consignes que Clyde lui avait donné…
Avec les élèves venus tout droit du futur, balançant leurs avertissements à qui voulait les entendre, Duane avait cru que la situation se calmerait. Bien sûr, il n’était pas le plus à plaindre lorsque des surprises de ce type se produisaient, puisque cela rappelait à Clyde son utilité, mais cela lui donnait un travail monstre. Il avait fallu répertorier tout ce qui avait été dis, pour que rien n’échappe à Clyde. Ca n’avait pas été un travail de tout repos, et au final seul le serdaigle en recevait les lauriers. Ses sbires se demandaient comment il faisait pour regrouper autant d’informations, pour être toujours informé de tout ce qui se tramait dans Poudlard, et ils l’admiraient béatement pour ça. Duane ne crachait pas sur son rôle d’homme de l’ombre, il le préférait de loin à celui des sbires du commun, trop exposés à son goût. D’ailleurs, parmi toutes les révélations qui avaient été faites, aucune ne le concernait. Certainement parce que cela serait son rôle à jamais d’être dans l’ombre de Clyde, de n’être connu que de lui et de sa fidèle Harper.
Alors que la situation se calmait à Poudlard et que Clyde fomentait ses plans le plus tranquillement du monde, un petit plaisantin avait trouvé bon de faire exploser l’une des tours du château. Aussi renseigné et aux aguets qu’il était, Duane avait été incapable de prédire l’attaque ou son auteur. Pire encore, il s’était retrouvé sur les lieux au mauvais moment et avait subi quelques lésions. Il était resté plusieurs jours cloués à l’un des lits de l’infirmerie avant de finalement rouvrir les yeux.
Le soleil déclinant illuminait l’infirmerie de ses rayons orangés et des chuchotis lui vinrent instantanément aux oreilles. Pourtant ce ne fut pas les propriétaires de ces voix basses et féminines que Duane vit en premier, après avoir papillonné des yeux. Kristinna était là, à son chevet, et elle lui saisit brusquement la main en réalisant qu’il était revenu à lui. Sans doute n’avait-elle jamais eu trop l’habitude de veiller un malade ou un blessé, car elle peinait à savoir ce qu’il convenait de faire ou de dire. Duane pouvait le voir au fond de ses prunelles soucieuses. Il choisit de trancher son litige interne en prenant les devants.
« Depuis combien de temps suis-je là?
- Deux jours. Duane… »
Il la coupa en levant son bras endolori et lui fit signe de la main. Kristinna n’était pas vraiment douée pour lui faire part de ses inquiétudes et Duane préférait s’épargner ce genre de torture psychologique pour le moment. Il ne voulait pas savoir si elle s’était inquiétée, ce que son accident avait pu mettre en perspective dans son esprit. Tout ça lui était bien égal. Seule une chose comptait désormais.
« Je suppose que le coupable n’a pas été trouvé? »
Elle fit non de la tête, l’air désolé. Il n’aimait pas la voir comme ça. Mais il semblait avoir le don de la traumatiser. C’était en partie pour cette raison qu’il avait préféré garder ses distances avec elle. C’était son amie d’enfance et sa meilleure amie par analogie. Il préférait lui épargner des souffrances émotionnelles, elle en avait déjà eu plus que sa part. Il posa doucement sa main sur celle de Kristinna, tout en la regardant avec tendresse. Puis, le ton résolu, il conclut comme pour mettre un terme à cet échange:
« Je trouverais le responsable et je ne le laisserais pas s’en sortir à si bon compte, si ça peut te rassurer. »
Il le faisait surtout pour lui, mais il avait toujours tendance à faire passer son égoïsme pour de l’altruisme. S’il continuait, il allait finir par s’auto-persuader que sa couverture n’en était pas une. Et il avait beau ne pas avoir à jouer de rôle devant Kristinna, il ne put s’empêcher de sourire à pleine dents, faisant mine de plaisanter. Alors qu’il était tout à fait sérieux. Il trouverait qui avait fais exploser la tour et l’avais envoyé directement à l’infirmerie, foi de Cleveland.
Duane Cleveland- ♦ HIBOUX POSTÉS : 221
♦ ARRIVÉE : 24/09/2010